sance et la lenteur de développement des réseaux électriques constituent le principal obstacle à l’électrification de l’économie européenne.
« Au bout d’un moment, l’Europe a failli », assène Fatih Birol, directeur général de l'AIE, à propos du développement industriel du solaire en Europe.

Alors que l’Europe accélère massivement le déploiement des énergies renouvelables, un goulet d’étranglement majeur menace la transition énergétique. Pour le directeur général de l’AIE, Fatih Birol, l’insuffisance et la lenteur de développement des réseaux électriques constituent aujourd’hui le principal obstacle à l’électrification de l’économie européenne.

400 GW de projets renouvelables bloqués

Le retard pris par l’Europe dans le développement de ses réseaux électriques est devenu critique. Lors du Forum économique mondial de Davos, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie a dressé un constat sévère : « L’an dernier, en Europe, nous avons installé un record de 80 GW de capacités renouvelables (…) mais plus de 400 GW étaient prêts et nous n’avons pas pu les raccorder au réseau », a déclaré Fatih Birol, qualifiant cette situation de « très choquante ».

Pour illustrer l’ampleur du problème, il a poursuivi : « C’est totalement fou (…) C’est comme construire la plus belle voiture sans penser à construire des routes », estimant que les réseaux représentent aujourd’hui « le plus gros problème de l’Europe ». Selon lui, le paquet législatif présenté récemment par la Commission européenne pourrait lever une partie des blocages, « s’il voyait effectivement le jour », a-t-il toutefois nuancé.

« Presque tous les pays européens ont tourné le dos à l’énergie nucléaire », regrette Fatih Birol

Gestion du nucléaire et du solaire : les « erreurs stratégiques » européennes

Au-delà des infrastructures, l’Europe paie également des choix énergétiques passés. Fatih Birol estime que le continent a commis « deux erreurs stratégiques en matière d’électricité », qui expliquent en partie la cherté actuelle de l’énergie : « Premièrement, à la fin des années 1990, la part du nucléaire en Europe dépassait 30 %, puis presque tous les pays européens ont tourné le dos à l’énergie nucléaire », a-t-il rappelé, citant notamment l’exemple de l’Allemagne.

La seconde erreur concerne le solaire : « L’Europe a été à l’origine de l’histoire du solaire il y a plus de vingt ans », mais a laissé filer son avance industrielle. « Les premières subventions ont été versées par l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et d’autres (…) mais au bout d’un moment, l’Europe a failli », a-t-il expliqué, soulignant que « la Chine fabrique aujourd’hui 80 % des panneaux solaires mondiaux ». Pour le patron de l’AIE, la trajectoire est claire : « Il n’y a qu’un avenir pour l’Europe : tout électrifier ». Cela implique toutefois de renforcer massivement les réseaux et de revoir la formation des prix de l’électricité « afin de la rendre abordable pour les ménages et l’industrie ».

Des prix du gaz orientés à la baisse, mais une solution temporaire

Sur les marchés mondiaux du gaz, Fatih Birol anticipe une poursuite de la baisse des prix grâce à l’arrivée de « volumes massifs de GNL » en provenance notamment des États-Unis, du Canada et du Qatar. Les marchés devraient ainsi passer de « marchés de vendeurs à des marchés d’acheteurs », ce qui devrait « soulager » les prix de l’électricité en Europe.

Mais l’effet restera limité dans le temps. « Cela donnera un peu d’oxygène aux Européens (…) mais ce ne sera pas une solution durable », a-t-il averti, appelant également à « reconsidérer » le mécanisme de tarification marginale de l’électricité et à s’interroger sur le fait de « continuer à fixer les prix de l’électricité en fonction du gaz ou d’envisager des alternatives ».

Sources : Montel, AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.