Face aux chocs énergétiques récents et à la volatilité des hydrocarbures, l’électrification apparaît comme une voie stratégique pour renforcer la résilience industrielle. Si les technologies sont désormais largement disponibles, leur déploiement reste conditionné à plusieurs leviers économiques et réglementaires.
Objectif 47 % d’électricité en 2030
La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, a ravivé la fragilité énergétique de l’industrie. Ce nouveau choc, survenu après la crise de 2022, souligne à quel point les fluctuations des hydrocarbures exposent les acteurs économiques. Dans ce contexte, l’électrification vise à rééquilibrer le mix énergétique industriel. L’ambition est claire : porter la part de l’électricité à 47 % d’ici 2030, puis à 57 % en 2050, contre 37 % en 2023.
Cette transition est d’autant plus stratégique que les coûts énergétiques restent élevés, avec une facture de 17,3 milliards d’euros en 2024 (après 22,7 milliards en 2023 selon l’Insee). Elle coïncide aussi avec un moment clé de renouvellement industriel : près d’un tiers des équipements thermiques, notamment les fours et chaudières à gaz, ont aujourd’hui plus de 35 ans. « Chaque décision prise aujourd’hui engage les vingt prochaines années », souligne le groupe de travail gouvernemental chargé de préparer le plan d’électrification.
La France dispose en outre d’un avantage compétitif notable grâce à son mix électrique : environ 55 €/MWh sur les marchés de gros pour 2027, contre 91 €/MWh en Allemagne et 101 €/MWh en Italie.
60 % des usages déjà électrifiables…
Sur le plan technologique, les solutions sont déjà largement disponibles. Environ 60 % des usages thermiques fossiles peuvent aujourd’hui être électrifiés, avec un potentiel pouvant atteindre 85 % à l’horizon 2035. « Les technologies existent », insiste Aymeric Renaud, président de Schneider Electric France. « En dessous de 200°C, on peut basculer sur des solutions électriques ».
De nombreux secteurs sont concernés : artisanat (boulangeries, pressings), agriculture (serres), restauration ou encore industrie agroalimentaire, où l’électricité représente déjà près de 40 % de la consommation énergétique. Même l’industrie lourde dispose de solutions, avec des chaudières électriques jusqu’à 500°C et des fours pouvant atteindre 2 000°C, parfois en configuration hybride.
…face aux obstacles économiques et réglementaires
Cependant, plusieurs obstacles freinent encore le passage à l’échelle. D’abord, un manque de visibilité : les industriels attendent des clarifications sur les règles, les aides et la fiscalité. Ensuite, une contrainte financière forte, notamment pour les TPE et PME, dont la capacité d’investissement reste limitée. Les dispositifs actuels, centrés sur l’investissement initial, ne répondent pas toujours au besoin de visibilité sur les coûts d’exploitation.
Les contraintes opérationnelles s’ajoutent à ces freins. Les délais de raccordement aux réseaux électriques sont jugés trop longs et peu optimisés, générant des situations de blocage via des « projets zombies » qui monopolisent les capacités sans aboutir.
Enfin, la fiscalité reste un levier clé. L’accise sur l’électricité atteint 26,58 €/MWh, contre 16,39 €/MWh pour le gaz, ce qui pénalise la compétitivité de l’électrification.
Parmi les pistes avancées : prioriser les projets les plus matures dans les raccordements, développer des territoires d’électrification pour créer des dynamiques locales, et alléger la fiscalité électrique afin d’améliorer la rentabilité des investissements.
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.