L'UE se tourne vers l'Algérie pour faire face à la crise énergétique mondiale provoquée par le conflit en Iran. Une solution suffisante ?
Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, en compagnie d'Abdelmadjid Tebboune, président algérien.

Alors que la guerre au Moyen-Orient bouleverse l’équilibre énergétique mondial, l’Union européenne se tourne vers d’autres fournisseurs. Parmi eux, l’Algérie apparaît comme un partenaire clé, sans toutefois pouvoir combler à elle seule le déficit d’approvisionnement.

12 % des importations de l’UE

La guerre déclenchée le 28 février entre Israël, les États-Unis et l’Iran a plongé les marchés énergétiques dans une forte instabilité. Entre frappes sur les infrastructures et blocage du détroit d’Ormuz, les flux d’hydrocarbures sont fortement perturbés, entraînant une flambée des prix. Le choc a été particulièrement marqué début mars, lorsque Qatar Energy a suspendu la production de son site de Ras Laffan, qui représente à lui seul près de 20 % de l’offre mondiale de gaz naturel liquéfié, soit environ 77 millions de tonnes par an.

Dans ce contexte, les pays producteurs épargnés par le conflit tirent leur épingle du jeu. C’est notamment le cas de l’Algérie, premier producteur africain et dixième mondial, qui fournit environ 12 % des importations gazières de l’Union européenne. « C’est un partenaire de proximité très important pour l’Europe », souligne Anna Creti, spécialiste des matières premières, mettant en avant les gazoducs Transmed et Medgaz qui relient directement l’Algérie à l’Italie et à l’Espagne.

Depuis la guerre en Ukraine, les liens énergétiques entre l’UE et Alger se sont intensifiés, notamment autour du gaz, mais aussi de l’hydrogène vert et des renouvelables : « Les Européens perçoivent l’Algérie comme un partenaire de confiance, car elle n’a jamais fait un usage politique de la question énergétique », insiste le politologue Hasni Abidi.

+74 % d’exportations de GNL, mais des infrastructures déjà saturées

Face aux tensions sur les marchés, les exportations algériennes de GNL vers l’Europe ont fortement progressé, passant de 265 000 tonnes entre début et mi-février à 462 000 tonnes sur les deux premières semaines de mars, soit une hausse de près de 74 %, selon Energy Research Unit. Cette dynamique illustre la capacité d’adaptation d’Alger à court terme. Mais elle révèle aussi ses limites structurelles. Les deux principaux gazoducs reliant l’Algérie à l’Europe fonctionnent déjà à plein régime, réduisant les marges de manœuvre pour augmenter significativement les volumes. « L’Algérie n’a ni les volumes ni les infrastructures pour servir d’alternative au Qatar », analyse Anna Creti. Malgré des réserves importantes, leur exploitation nécessite des investissements massifs et du temps. De plus, la hausse de la demande intérieure, notamment pour la production d’électricité, pèse sur les capacités d’exportation.

En parallèle, les importations européennes restent dominées par la Norvège et les États-Unis. Sur la période récente, celles en provenance d’Algérie ont même légèrement reculé, passant de 41 à 39 milliards de m³ entre 2022 et 2025.

Pour changer d’échelle, Alger mise sur un plan d’investissement de 60 milliards de dollars annoncé par Sonatrach, visant à doubler la production de gaz à 200 milliards de m³ d’ici 2030, soit un niveau comparable à celui du Qatar aujourd’hui.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.