Face à un projet industriel colossal, la Commission européenne s’apprête à examiner de près le soutien public accordé à EDF.

Face à un projet industriel colossal, la Commission européenne s’apprête à examiner de près le soutien public accordé à EDF. Entre risques de distorsion de concurrence et explosion des coûts, ce dossier pourrait redessiner l’avenir du nucléaire français et des relations énergétiques en Europe.

Le « quasi-monopole » d’EDF dans le viseur de la Commission européenne

La Commission européenne s’apprête à ouvrir, dès avril 2026, une enquête approfondie sur les aides d’État accordées par la France à EDF pour financer la construction de six réacteurs EPR2. Selon Reuters, cette procédure vise à évaluer les risques de distorsion de concurrence liés à un soutien public massif.

Le dispositif français repose notamment sur un prêt bonifié couvrant jusqu’à 60 % des coûts, complété par des « contrats pour différence » (CfD) garantissant un prix de vente de l’électricité. Un mécanisme qui suscite des interrogations à Bruxelles, où l’on redoute une aide d’État déguisée.

75 % Soit la part de la production nette d’électricité en France, assurée par EDF.

Au cœur des préoccupations : la position dominante d’EDF, qui assure déjà plus de 75 % de la production nette d’électricité en France. Les autorités européennes craignent que ce programme ne renforce encore ce quasi-monopole et n’érige des barrières à l’entrée pour les autres fournisseurs.

Ni EDF ni la Commission n’ont souhaité commenter ces informations à ce stade. Mais en coulisses, ce projet est considéré comme l’un des plus sensibles de la politique énergétique européenne.

L’avenir du programme EPR2 en suspens

Le projet nucléaire français fait également face à une dérive budgétaire significative. Fin 2025, EDF a réévalué le coût des six EPR2 à 72,8 milliards d’euros (en euros 2020), contre 67,4 milliards en 2023. Cette inflation renforce la vigilance de Bruxelles, chaque euro public devant être strictement justifié au regard des règles du marché unique.

L’enquête européenne répond aussi à un impératif juridique. En sécurisant sa décision, la Commission cherche à se prémunir contre d’éventuels recours, notamment de l’Autriche, farouche opposante au nucléaire. Vienne a déjà contesté des dispositifs similaires en Hongrie et au Royaume-Uni, et pourrait saisir la Cour de justice de l’Union européenne.

Pour les investisseurs, l’incertitude réglementaire est un signal préoccupant. Le financement du programme repose sur une stabilité juridique totale, qui pourrait être remise en cause si Bruxelles impose des conditions strictes, comme une ouverture du capital ou des cessions d’actifs.

10 GW Soit la capacité du programme EPR2, prévu pour 2038.

Sur le plan industriel, le calendrier est lui aussi menacé. La mise en service du premier EPR2 reste officiellement prévue pour 2038, avec un objectif d’environ 10 GW de nouvelles capacités. Mais chaque mois d’enquête retarde les décisions d’investissement, dans un contexte déjà fragilisé par les retards du chantier de Flamanville.

Ce dossier s’impose désormais comme un test politique majeur entre Paris et Bruxelles. D’un côté, la France défend le nucléaire comme levier de souveraineté énergétique et de décarbonation. De l’autre, certains États membres privilégient une trajectoire fondée exclusivement sur les renouvelables.

L’issue de ce bras de fer déterminera non seulement l’avenir du programme EPR2, mais aussi l’équilibre du marché énergétique européen pour les décennies à venir.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.