Entre impératifs climatiques, sécurité énergétique et survie locale, la centrale nucléaire d’Almaraz cristallise un débat majeur en Espagne.
La salle des turbines de la centrale nucléaire d'Almaraz à Almaraz.

Entre impératifs climatiques, sécurité énergétique et survie locale, la centrale nucléaire d’Almaraz cristallise un débat majeur en Espagne. Habitants, élus, industriels et militants s’opposent sur l’avenir d’un site qui pèse autant dans le réseau électrique national que dans la vie économique régionale.

Centrale d’Almaraz = 7 % de l’électricité nationale

À Almaraz, petit village de 1 500 habitants en Estrémadure, la perspective de fermeture de la plus grande centrale nucléaire d’Espagne suscite une vive inquiétude. Prévue entre 2027 et 2028, cette fermeture pourrait pourtant être repoussée jusqu’en 2030, comme le réclament désormais les actionnaires du site.

La centrale assure à elle seule 7 % de la production électrique nationale, un rôle stratégique renforcé par les tensions géopolitiques et les incertitudes énergétiques récentes. Localement, son impact est encore plus crucial : elle représente environ 4 000 emplois directs et indirects et près de 5 % du PIB régional.

4 000 Soit le nombre d’emplois créés grâce à l’activité de la centrale d’Almaraz.

Pour de nombreux habitants, cette activité est un pilier économique. « C’est triste qu’ils veuillent la fermer », déplore José Antonio Morgado, mécanicien travaillant régulièrement sur le site, évoquant des rémunérations pouvant atteindre « jusqu’à 6 000 euros par mois ».

L’écosystème local dépend largement de cette présence industrielle. Restaurateur à Almaraz, David Martín estime que son activité pourrait être divisée par deux sans les travailleurs de la centrale : « Ce serait un désert ici », alerte-t-il. Une crainte partagée par les élus locaux. « Des dizaines de communes sont condamnées à disparaître », prévient Fernando Sánchez Castilla, maire et salarié du site.

« La contribution de l’énergie nucléaire est essentielle […] elle permet la stabilité de l’approvisionnement 24 heures sur 24 », Patricia Rubio Oviedo – responsable technique du site.

Le gouvernement vise une sortie totale du nucléaire en 2035

Face à ces enjeux locaux, le gouvernement espagnol maintient son cap : une transition énergétique ambitieuse visant 81 % d’électricité renouvelable d’ici 2030 et une sortie complète du nucléaire en 2035.

Les défenseurs d’Almaraz soulignent pourtant la fiabilité du nucléaire. « La contribution de l’énergie nucléaire est essentielle […] elle permet la stabilité de l’approvisionnement 24 heures sur 24 », rappelle Patricia Rubio Oviedo, responsable technique du site. La centrale a d’ailleurs obtenu en 2025 le plus haut niveau d’excellence internationale en matière de sûreté (WANO 1), preuve selon elle qu’elle peut continuer à fonctionner durablement.

81 % Soit la part d’électricité verte dans la production totale d’électricité en Espagne, envisagée pour 2030, selon le gouvernement.

Mais les opposants à une prolongation mettent en avant les conséquences économiques et stratégiques d’un tel choix. « Le gouvernement doit être courageux (…) sa crédibilité est en jeu », affirme Francisco del Pozo Campos (Greenpeace Espagne). Il évoque notamment un surcoût pour les consommateurs et une perte d’investissements estimée à 26 milliards d’euros dans les renouvelables en cas de prolongation jusqu’en 2030.

Au niveau européen, la position est plus nuancée : la Commission recommande d’éviter l’arrêt prématuré des centrales nucléaires afin de limiter le recours aux énergies fossiles.

Dans ce contexte, l’État espagnol tente d’anticiper les conséquences sociales d’une fermeture. Des projets de reconversion sont à l’étude, dont une usine de batteries pour véhicules électriques à proximité. Mais ces perspectives peinent à convaincre les habitants. « Si ces familles s’en vont, qu’allons-nous faire ? », s’interroge David Martín, reflet d’un territoire suspendu à une décision politique majeure.*

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.