Paris abrite autour de 17,5 à 18 millions de m² de bureaux et un parc francilien de 55,62 millions de m² de surface tertiaire fin 2024 : aucune autre région française n’est aussi directement exposée aux obligations du décret tertiaire. Les propriétaires et locataires de bâtiments tertiaires d’au moins 1 000 m² doivent réduire leurs consommations énergétiques de 40 % d’ici 2030, sous peine d’amendes administratives et de publication publique de leur nom. Quels bâtiments parisiens sont concernés ? Quelles démarches engager pour se mettre en conformité ?
Décret tertiaire à Paris : périmètre d’application et bâtiments concernés en Île-de-France

Paris concentre le premier parc tertiaire de France. La région Île-de-France est de très loin la zone géographique la plus exposée aux obligations du décret tertiaire. Pour les propriétaires et exploitants parisiens, l’enjeu est donc considérable, et la mise en conformité ne peut plus être différée.
Le décret n°2019-771 du 23 juillet 2019 s’applique à tout bâtiment tertiaire dès lors que la surface de plancher atteint 1 000 m², seuil calculé de manière cumulative. Bureaux, commerces, hôtels, établissements de santé, équipements d’enseignement et tous les ERP sont concernés, secteur public comme secteur privé. À Paris, 40 % des bureaux datent d’avant 1940, ce qui en fait un parc structurellement énergivore et directement dans la cible du dispositif. Pour approfondir le cadre réglementaire, consultez notre article sur le décret tertiaire et ses obligations de rénovation énergétique.
Le décret tertiaire désigne conjointement propriétaires et locataires comme co-responsables. À Paris, où la quasi-totalité des surfaces de bureaux sont louées à des tiers, l’insertion d’une clause de répartition dans le bail commercial est indispensable pour définir qui déclare quoi et qui engage les travaux. En l’absence de cette clause, l’obligation pèse intégralement sur le bailleur, et avec elle, le risque de sanctions.
Objectifs de réduction énergétique : paliers 2030, 2040, 2050 applicables aux sites parisiens
Le dispositif Éco Énergie Tertiaire fixe trois paliers de réduction calculés par rapport à une année de référence comprise entre 2010 et 2022 :
- 40 % d’ici 2030,
- 50 % d’ici 2040,
- 60 % d’ici 2050.
Voie relative ou voie absolue : quelle méthode pour les bâtiments parisiens ?
Deux voies coexistent. La voie relative mesure la réduction en pourcentage par rapport à l’année de référence. La voie absolue vise un seuil exprimé en kWh/m²/an défini par type d’activité. Pour les immeubles parisiens anciens, souvent très énergivores , la voie relative présente un avantage : un point de départ élevé facilite mécaniquement l’atteinte des objectifs. Le choix de l’année de référence est donc stratégique ; notre article dédié à l’année de référence du décret tertiaire détaille comment la sélectionner.
Modulations pour les immeubles parisiens classés ou protégés
Paris concentre un nombre exceptionnel de bâtiments classés ou inscrits au titre des monuments historiques. Lorsque des contraintes patrimoniales, techniques ou économiques rendent impossible l’atteinte des objectifs, une modulation à la baisse peut être sollicitée via un dossier justificatif. Notre article sur le dossier technique de modulation présente les conditions à remplir.
Déclaration OPERAT : démarche obligatoire pour les assujettis parisiens
OPERAT est la plateforme numérique de l’ADEME dédiée au suivi du décret tertiaire. Chaque assujetti parisien doit y créer un compte, enregistrer ses bâtiments et déclarer annuellement ses consommations énergétiques avant le 30 septembre de chaque année. La prochaine échéance porte sur les consommations 2025, à déposer avant le 30 septembre 2026.
À l’échelle nationale, 750 000 déclarations de consommation avaient déjà été enregistrées sur OPERAT début 2024, représentant 46 % du parc tertiaire assujetti. Une part significative du parc francilien reste donc non déclarée, exposant les exploitants concernés à une mise en demeure préfectorale. La plateforme génère en retour une attestation annuelle intégrant la note Éco Énergie Tertiaire, représentée par un système de feuilles (1 à 3), à joindre obligatoirement aux baux commerciaux et actes de vente. Une absence de déclaration est directement assimilée à un défaut de conformité. Pour anticiper les erreurs de saisie, notamment sur le plan de comptage, un accompagnement expert est recommandé dès la première déclaration.

Mise en conformité au décret tertiaire à Paris : par où commencer ?
Réaliser un audit énergétique de son bâtiment tertiaire en Île-de-France
L’audit énergétique est le point de départ indispensable. Il identifie les postes énergivores, enveloppe thermique, CVC, éclairage, et oriente le plan d’actions. À Paris, la contrainte est double : des bâtiments majoritairement anciens, souvent antérieurs à 1975, et des coûts d’intervention élevés en milieu urbain dense. Des bureaux d’études spécialisés et des AMO franciliens peuvent accompagner cette démarche.
Actions prioritaires pour réduire la consommation énergétique d’un site tertiaire parisien
Plusieurs leviers peuvent être actionnés progressivement : sobriété d’usage en premier lieu, puis remplacement des équipements CVC, isolation de l’enveloppe et déploiement d’une GTB (gestion technique du bâtiment). Depuis le 1er janvier 2025, l’installation d’un système BACS est d’ailleurs obligatoire pour les bâtiments dont les équipements affichent une puissance cumulée supérieure à 290 kW. La trajectoire doit ensuite être pilotée dans la durée via OPERAT, jusqu’au palier de − 60 % en 2050.
Sanctions encourues en cas de non-conformité au décret tertiaire à Paris
Les assujettis qui ne respectent pas leurs obligations s’exposent à des amendes administratives : jusqu’à 1 500 € par bâtiment pour les personnes physiques, jusqu’à 7 500 € pour les personnes morales, renouvelables chaque année. Pour un gestionnaire parisien exploitant plusieurs sites, le cumul peut rapidement devenir significatif.
Le dispositif prévoit également un mécanisme de « name and shame » : les noms des contrevenants peuvent être publiés sur un site public dédié. Dans un contexte parisien où les critères ESG pèsent fortement dans les décisions d’investissement immobilier et les relations commerciales, ce risque réputationnel est loin d’être négligeable.
Le processus suit trois étapes :
Absence de déclaration → mise en demeure préfectorale avec un délai de trois mois pour régulariser → amende administrative en l’absence d’action corrective.
Aides et financements mobilisables par les professionnels parisiens pour financer leur mise en conformité
Plusieurs dispositifs permettent de financer les travaux de rénovation énergétique tertiaire en Île-de-France.
Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) constituent le levier le plus accessible : des primes sont versées par les fournisseurs d’énergie en contrepartie de travaux d’efficacité énergétique éligibles. Isolation, remplacement de CVC, GTB, la plupart des actions prioritaires du décret tertiaire ouvrent droit à ces primes. Enfin, l’ADEME Île-de-France accompagne les professionnels dans le montage de leurs dossiers et l’identification des aides adaptées à leur situation. Ces dispositifs peuvent se cumuler et réduire significativement le reste à charge des travaux engagés pour atteindre les objectifs 2030.
Opéra Énergie vous accompagne dans la mise en conformité au décret tertiaire en Île-de-France
Opéra Énergie accompagne les professionnels de Paris et dans toute la France à chaque stade de leur mise en conformité : identification des bâtiments assujettis, choix de l’année de référence, constitution des dossiers de modulation pour les immeubles classés, et pilotage de la trajectoire jusqu’en 2050. Notre approche intègre également l’optimisation des contrats d’énergie pour réduire les charges dès la première année.
Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée
Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.
Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.