Alors que le gouvernement veut rapprocher les équipes régionales de l’Ademe et de l’État territorial, le conseil d’administration de l’agence a exprimé une opposition inédite à cette réforme. Un vote qui cristallise les inquiétudes sur l’avenir et l’indépendance de l’établissement public chargé de la transition écologique.
15 administrateurs sur 28 demandent le retrait de l’article 7
Le conseil d’administration de l’Agence de la transition écologique (Ademe) a adopté mardi une résolution contre le projet de réforme porté par le gouvernement, marquant une première dans l’histoire de l’établissement. « L’Ademe a vécu une journée historique. C’est la première fois depuis que l’agence existe que des administrateurs ont convoqué un conseil d’administration extraordinaire », a témoigné une administratrice salariée de l’Ademe lors d’une conférence de presse.
Au cœur des tensions figure l’article 7 du projet de loi « visant à renforcer l’État local », présenté mercredi en conseil des ministres. Celui-ci prévoit un rapprochement entre les agents régionaux de l’Ademe et ceux des Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), placées sous l’autorité des préfets de région. La délibération adoptée mardi par 15 administrateurs, contre 10 voix opposées, demande au gouvernement de renoncer à cette disposition afin de préserver « le fonctionnement efficace reconnu par les inspections d’État et les acteurs de terrain ».
L’Ademe, qui compte plus de 1 000 salariés, est chargée d’accompagner entreprises et collectivités dans des domaines tels que les énergies renouvelables, l’économie circulaire ou encore l’agriculture durable. Créée en 1990 à la suite de la fusion de plusieurs organismes issus du choc pétrolier de 1973, elle est devenue un acteur central des politiques de transition écologique. Ces derniers mois, l’agence a toutefois été la cible de critiques de plusieurs responsables politiques de droite et d’extrême droite. Laurent Wauquiez, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, avait notamment accusé les experts de l’Ademe d’être « portés par une idéologie d’extrême-gauche ». Dans une tribune publiée récemment dans Le Monde, plusieurs personnalités, parmi lesquelles les anciens ministres de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher et Christophe Béchu, ont dénoncé une « menace sidérante de démantèlement progressif [de l’agence] ».
Le gouvernement maintient sa réforme malgré les critiques
Face à la fronde, le gouvernement assure vouloir poursuivre le dialogue sans remettre en cause le principe de la réforme : « Ce vote conforte la nécessité de poursuivre nos échanges pour dissiper les malentendus et redire aussi, dans le contexte où les agences au sens large sont attaquées, le rôle indispensable de l’Ademe au service de la transition écologique », a réagi auprès de l’AFP Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique.
Pourtant, plusieurs administrateurs dénoncent un projet susceptible de fragiliser une structure jugée performante dans un contexte de forte tension énergétique : « Je m’interroge sur le moment, alors que nous sommes en pleine crise énergétique », a souligné Benoît Leguet, directeur général de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) et administrateur de l’Ademe. « Est-ce que c’est le moment de changer l’organisation d’une équipe qui gagne et d’introduire de l’incertitude ? ». Même inquiétude du côté des collectivités territoriales. Jérémie Godet, vice-président de la région Centre-Val de Loire et administrateur de l’agence, redoute « une réforme qui va rajouter du flou (…) nous avons besoin d’un État qui a plusieurs visages », a-t-il estimé pour défendre la spécificité de l’Ademe.
Malgré ces critiques, l’exécutif campe sur ses positions : « On peut discuter de tout dans le respect du principe fixé par le gouvernement, qui est de renforcer les synergies entre l’État local et les délégations régionales de cet opérateur », a assuré Mathieu Lefèvre. Le ministre affirme par ailleurs que la réforme préservera « l’intégrité et l’identité » de l’agence et qu’elle « ne change absolument rien au plan social puisque la rémunération, le cadre statutaire, la localisation des agents, leur nombre et leurs missions sont évidemment inchangés ».
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.