Les importations européennes de gaz naturel liquéfié poursuivent leur repli pour la quatrième semaine consécutive.
Les importations européennes de GNL ont reculé de 24% la semaine dernière pour tomber à 2,1 milliards de mètres cubes Gm3.

Alors que les besoins en chauffage ont reculé avec des températures printanières clémentes, les importations européennes de gaz naturel liquéfié poursuivent leur repli pour la quatrième semaine consécutive. Entre maintenances d’infrastructures, stocks en cours de reconstitution et attractivité croissante du marché asiatique, l’Europe voit les cargaisons se détourner progressivement de ses terminaux.

Chute de 24% des importations, avec des stocks européens remplis à 35%

Les importations européennes de GNL ont reculé de 24% la semaine dernière pour tomber à 2,1 milliards de mètres cubes Gm3, leur plus bas niveau depuis août dernier. Il y a quinze jours, l’Europe (Turquie comprise) a réceptionné 2,7 Gm3 de GNL, contre 3,1 Gm3 une semaine plus tôt, soit une baisse de 12%, selon les données de suivi maritime de Kpler.

Cette contraction s’explique d’abord par une demande gazière particulièrement faible. « La demande européenne est restée faible ces dernières semaines, ce qui constitue le principal facteur de la baisse des importations de GNL », souligne Arturo Regalado, analyste senior gaz chez Kpler. Même constat du côté d’Ana-Maria Jaller-Makarewicz, analyste énergie à l’IEEFA, qui attribue cette situation à des conditions météorologiques plus douces au mois d’avril. « Cela a permis le début du remplissage des stocks de gaz, actuellement à 35% », précise-t-elle.

Plusieurs opérations de maintenance pèsent également sur les flux. En Europe, plusieurs terminaux d’importation sont actuellement indisponibles, notamment Cartagena, Sagunto et Musel en Espagne, Montoir-de-Bretagne en France, ainsi que le terminal flottant d’Alexandroupolis en Grèce. Du côté de l’offre, les usines américaines de liquéfaction de Cameron et Corpus Christi sont elles aussi en maintenance depuis le début du mois de mai, réduisant les volumes exportés depuis le bassin atlantique.

Le GNL américain se détourne de l’Europe au profit d’une Asie à 55 €/MWh

Au-delà des opérations techniques, les signaux de marché favorisent désormais clairement les livraisons vers l’Asie : « Nous entrons aussi dans une phase de concurrence accrue avec l’Asie et l’Égypte pour les cargaisons flexibles, ce qui pourrait encore peser sur les importations européennes », avertit Arturo Regalado. Depuis plus d’une semaine, les cargaisons spot de GNL américain privilégient ainsi les routes vers l’Asie via le cap de Bonne-Espérance. Une orientation directement liée à l’écart de prix entre les deux marchés, explique Qasim Afghan, responsable des données chez Spark Commodities. Sur les marchés, le contrat TTF pour livraison le mois suivant s’échangeait récemment en hausse de 4% à 45,90 €/MWh sur Ice Endex. En parallèle, le prix JKM asiatique pour juillet atteignait 17,25 $/MMBtu, soit environ 55,05 €/MWh.

Spark Commodities estimait par ailleurs vendredi le prix du GNL livré en Europe du Nord-Ouest à 15 $/MMBtu (43,55 €/MWh), soit 0,64 € sous le TTF, un écart tombé à son plus bas niveau depuis début mars. « Ce différentiel traduit une baisse de l’attractivité des livraisons de GNL vers l’Europe », analyse Qasim Afghan.

Enfin, le passage dimanche d’un premier méthanier transportant du GNL qatari par le détroit d’Ormuz depuis le début du conflit avec l’Iran ne devrait pas bouleverser l’équilibre du marché mondial. Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Center on Global Energy Policy de l’université Columbia, estime que l’impact restera « assez limité » sur les fondamentaux gaziers mondiaux.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.