Alors que le blocage du détroit d’Ormuz bouleverse l’équilibre énergétique mondial, un contraste net émerge : pénurie et flambée des prix en Europe, abondance et prix cassés aux États-Unis.
Europe : +40 % sur les prix du gaz
La crise géopolitique entre les États-Unis et l’Iran a plongé l’Europe dans une situation énergétique critique. Depuis le blocage du détroit d’Ormuz le 28 février, le Vieux Continent est privé d’une part majeure de ses approvisionnements en gaz en provenance du Qatar et du Golfe. Ce sont ainsi près de 20 % des ressources mondiales, soit 283 millions de mètres cubes par jour, qui disparaissent brutalement du marché.
Conséquence directe : les prix du gaz s’envolent. En Europe, ils ont bondi de 40 %, tandis qu’en Asie la hausse dépasse 50 %, alourdissant considérablement les coûts pour les ménages comme pour les industries. Se chauffer, cuisiner ou produire devient plus onéreux dans un contexte déjà fragilisé.
À l’inverse, les États-Unis semblent immunisés contre cette crise. Les contrats à terme sur le gaz y ont même reculé de 10 %, illustrant une divergence spectaculaire entre les marchés. Cette situation trouve son origine dans la révolution du pétrole de schiste, amorcée à la fin des années 2000, qui a propulsé les États-Unis au rang de premier producteur mondial d’énergie.
« Les tarifs du gaz permien ne sont pas seulement bas, ils sont négatifs (…) les vendeurs paient leurs clients », Bloomberg.
États-Unis : prix négatifs et jusqu’à 425 millions de mètres cubes exportés par jour
Outre-Atlantique, l’abondance de gaz atteint des niveaux paradoxaux. Dans le bassin permien, au Texas et au Nouveau-Mexique, le gaz, sous-produit de l’exploitation pétrolière, est produit en excès. Faute d’infrastructures suffisantes pour le transporter, il devient un fardeau pour les producteurs. Comme le souligne Bloomberg : « les tarifs du gaz permien ne sont pas seulement bas, ils sont négatifs (…) les vendeurs paient leurs clients ». Une situation inédite qui illustre un déséquilibre entre production et capacités d’acheminement.
Cette surabondance bénéficie toutefois aux consommateurs américains : le gaz représente 42 % de la production d’électricité du pays, alimentant notamment les data centers en pleine expansion. Mais cet excédent ne devrait pas durer éternellement.
De nouveaux projets d’infrastructures sont en cours. D’ici 2028, cinq gazoducs supplémentaires permettront de désengorger les zones de production. En parallèle, les capacités d’exportation augmentent rapidement : les États-Unis ont déjà exporté 425 millions de mètres cubes par jour, soit un tiers de plus qu’en 2022.
Les terminaux de GNL se multiplient également. Le site de Golden Pass, développé par QatarEnergy et ExxonMobil, affiche une capacité initiale de 20 millions de mètres cubes par jour, avec un objectif de 71 millions, à terme.
Enfin, la dimension géopolitique reste centrale. Sous l’impulsion de Donald Trump, certains accords commerciaux ont contraint des partenaires, dont l’Union européenne, à s’engager à importer massivement du gaz américain (jusqu’à 750 milliards de dollars sur trois ans) pour compenser notamment la perte du gaz russe et désormais qatari.
Source : Les Echos
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.