Entre sécurité des infrastructures et dépendance industrielle, l’Union européenne revoit sa stratégie énergétique et commerciale. Une inflexion qui marque un tournant dans la gestion des technologies critiques.
Des onduleurs jugés à « haut risque » : menace potentielle de coupures à l’échelle nationale
L’Union européenne a annoncé qu’elle ne subventionnerait plus certains projets énergétiques intégrant des technologies issues de pays considérés comme sensibles, notamment la Chine. Cette décision cible en particulier les onduleurs, des équipements essentiels aux installations photovoltaïques, permettant de convertir le courant continu en courant alternatif.
Lorsque ces dispositifs proviennent de pays à « risques élevés » comme Chine, Russie, Iran ou Corée du Nord, ils sont perçus comme une vulnérabilité majeure pour le réseau électrique européen. Bruxelles redoute notamment des cyberattaques ou des prises de contrôle à distance : « Cela pourrait se traduire par un arrêt à distance des réseaux des États membres, entraînant des coupures d’électricité à l’échelle nationale », a averti Siobhan McGarry, porte-parole de la Commission européenne.
Face à cette menace, la Commission a décidé de suspendre, depuis début avril, les financements pour les nouveaux projets utilisant ces technologies, notamment celles des groupes chinois Huawei et Sungrow. Une période transitoire reste toutefois prévue pour les projets déjà bien avancés.
Réorientation stratégique : vers des alternatives européennes et alliées
Au-delà de la cybersécurité, Bruxelles s’inquiète de la domination croissante de la Chine sur le marché des équipements solaires, perçue comme un risque à long terme pour la sécurité d’approvisionnement énergétique. Pour y répondre, l’Union européenne entend réorienter ses choix industriels en privilégiant des fournisseurs jugés plus sûrs. L’objectif est de favoriser les technologies produites en Europe ou provenant de partenaires stratégiques tels que le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis ou la Suisse.
À plus long terme, une législation spécifique en matière de cybersécurité pourrait aller encore plus loin, en interdisant purement et simplement l’utilisation d’onduleurs issus de fournisseurs à haut risque sur le marché européen.
Cette évolution marque un tournant : la transition énergétique ne se limite plus à des enjeux climatiques, mais intègre désormais pleinement des considérations géopolitiques et de souveraineté technologique.
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.