Alors que la France vise la sortie du gaz fossile à l’horizon 2050, les infrastructures gazières devront continuer à fonctionner pour transporter du gaz décarboné, notamment du biométhane. Mais avec moins de consommateurs raccordés, leur financement pourrait devenir plus difficile. La Commission de régulation de l’énergie alerte sur un possible « effet ciseau » et appelle à mieux répartir les charges entre usagers actuels et futurs.
2050 : des réseaux toujours nécessaires, mais pour moins d’usagers
La transition vers une France sans gaz fossile suppose une transformation profonde du système gazier. Les réseaux de transport et de distribution, les installations de stockage et les terminaux méthaniers desservent aujourd’hui environ 10 millions de clients résidentiels en gaz naturel. Mais ce nombre recule depuis plusieurs années et devrait continuer à diminuer, sous l’effet de l’électrification du chauffage, de la rénovation énergétique et des objectifs nationaux de décarbonation. À l’horizon 2050, ces infrastructures ne disparaîtront pas. Elles devront encore transporter et distribuer du gaz décarboné, en particulier du biométhane, appelé à remplacer progressivement le gaz fossile. La Commission de régulation de l’énergie souligne ainsi qu’en 2050, « la France disposera toujours d’infrastructures gazières de qualité, utiles et sécurisées, transportant et distribuant du gaz décarboné, mais desservant moins de consommateurs ».
L’enjeu, pour le régulateur, est donc d’organiser cette décroissance sans fragiliser le financement des réseaux. La CRE dit vouloir « donner un certain nombre de clés pour accompagner cette décroissance pour l’ensemble des acteurs ; consommateurs, opérateurs, salariés (…) et stabiliser le financement des infrastructures gazières », d’ici 2050. Le risque est celui d’un déséquilibre progressif : moins de volumes consommés, moins d’abonnés, mais des infrastructures qui resteront indispensables. « On a moins de consommation et moins de consommateurs », a résumé Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE. Mais « on a quand même besoin de maintenir un réseau et des infrastructures et donc on a potentiellement un effet ciseau », a-t-elle ajouté lors de la présentation du rapport.
Pour mesurer ce risque, la CRE a étudié trois scénarios de baisse de la consommation de gaz : une décroissance rapide, une trajectoire modérée et une diminution plus lente. Les deux premiers s’appuient sur les travaux de l’Ademe, tandis que le troisième a été élaboré par les gestionnaires de réseaux de gaz. Tous s’inscrivent dans l’objectif de neutralité carbone de la France en 2050, tel que défini par la Stratégie nationale bas carbone 3.
« [Il s’agit de] trouver la bonne répartition des charges entre les consommateurs actuels et futurs permettant d’atteindre un niveau de tarifs soutenable en 2050 », Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE.
Gaz : entre 165 et 320 TWh en 2050
Selon les scénarios étudiés, la consommation de gaz en France atteindrait entre 165 et 320 TWh en 2050, contre 371 TWh aujourd’hui. Cela représenterait une baisse comprise entre 14 % et 56 %.
La diminution du nombre d’utilisateurs raccordés varierait fortement selon les trajectoires : elle serait limitée à 9 % dans le scénario élaboré par les gestionnaires de réseaux, mais atteindrait 26 % à 60 % dans les scénarios de l’Ademe. En revanche, les coûts liés aux infrastructures gazières reculeraient beaucoup moins vite, avec une baisse estimée entre 11 % et 17 %.
Cette différence explique la tension possible sur les tarifs. Pour les abonnés, le tarif moyen couvrant l’entretien des réseaux augmenterait faiblement à modérément dans les scénarios de baisse lente ou modérée, avec une progression de 0,2 % à 1,4 % hors inflation d’ici 2050. Dans le scénario de décroissance rapide, la hausse serait beaucoup plus marquée, à 3,5 %, selon la CRE.
À cela pourraient s’ajouter des coûts de démantèlement élevés. En cas de baisse rapide de la consommation de gaz, ils pourraient atteindre « autour des 10 milliards » d’euros, selon la CRE, contre 1 à 2 milliards d’euros dans les autres hypothèses. Or ces coûts ont vocation à être couverts par le tarif payé par les abonnés. Le régulateur recommande donc d’anticiper dès maintenant la répartition des charges. Il s’agit, selon la CRE, de « trouver la bonne répartition des charges entre les consommateurs actuels et futurs permettant d’atteindre un niveau de tarifs soutenable en 2050 ».
Emmanuelle Wargon résume ainsi l’arbitrage à mener : « Si on anticipe des charges, ça veut dire qu’on augmente un peu plus vite les tarifs de réseau de gaz bientôt pour qu’ils arrivent moins haut en 2050 ». À l’inverse, « si on les laisse augmenter naturellement (…), ils arrivent plus haut pour moins de consommateurs en 2050 », a-t-elle expliqué.
La CRE invite aussi les acteurs locaux à identifier les zones où le réseau gazier devra durablement être maintenu, notamment lorsqu’il alimente un réseau de chaleur urbain ou répond à des usages industriels. Selon le régulateur, au moins 20 % des communes desservies par le gaz, soit 2 000 communes, représentant 6,8 millions de consommateurs actuels, sont concernées par au moins un usage nécessitant la présence durable d’un réseau gazier.
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.