En 2027 de nouvelles obligations quant aux émissions de méhane dans l'importation de gaz entreront en vigueur en UE, contre l'avis des exportateurs et de certains Etats membres.

À moins de six mois de l’entrée en vigueur de nouvelles obligations sur les émissions de méthane des importations de gaz, l’Union européenne fait face à une fronde inédite. Soutenus par les principaux fournisseurs mondiaux de GNL, plusieurs États membres demandent un report des règles, craignant qu’elles ne fragilisent davantage un approvisionnement déjà sous tension.

12 États membres réclament un report de 3 ans

La réglementation européenne sur le méthane, adoptée en 2024, se heurte à une opposition croissante. Douze États membres, parmi lesquels l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Pologne, demandent à Bruxelles de suspendre pendant trois ans les nouvelles obligations qui doivent s’appliquer aux importations de combustibles fossiles à partir de janvier 2027.

L’Allemagne s’est récemment jointe à cette fronde. Sa ministre de l’Énergie, Katherina Reiche, estime qu’un report est indispensable afin de garantir les importations de gaz du pays ainsi que les approvisionnements en kérosène destinés à l’aviation. Cette prise de position est intervenue avant la réunion des ministres européens de l’Énergie à Luxembourg.

59 % Soit la part du GNL américain dans les importations de GNL de l’UE.

La pression est également exercée par les principaux pays exportateurs. Les États-Unis, le Qatar et l’Algérie considèrent que les nouvelles exigences européennes risquent de perturber le commerce mondial du gaz. Les fournisseurs américains occupent désormais une place centrale sur le marché européen, représentant 59 % des importations de GNL après avoir largement remplacé les volumes acheminés par les gazoducs Nord Stream depuis leur sabotage en 2022.

Selon la Natural Gas Supply Association et le Center for LNG, les producteurs américains ne sont pas en mesure de satisfaire les nouvelles obligations dans les délais prévus. Ils préviennent que certains exportateurs pourraient privilégier d’autres débouchés, notamment en Asie, si Bruxelles maintient sa position.

Le texte européen impose déjà aux producteurs européens de détecter et réparer les fuites de méthane ainsi que de limiter le torchage de routine. À compter de janvier 2027, ces exigences seront étendues aux importations : les importateurs devront fournir des rapports annuels certifiés sur les émissions de méthane, sous peine de sanctions financières. Une nouvelle étape est prévue en 2030, avec l’obligation de respecter un seuil maximal d’émissions fixé par l’Union européenne.

Les démarches de lobbying se sont intensifiées ces derniers jours. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, et le ministre qatari de l’Énergie, Saad Sherida Al-Kaabi, ont adressé un courrier à Bruxelles pour demander un assouplissement du calendrier. Les entreprises concernées estiment qu’elles ne peuvent pas signer sereinement des contrats portant sur 2027 tant que la réglementation demeure inchangée, malgré la période de grâce de trois ans proposée par la Commission pour l’application des pénalités.

La Commission refuse de céder

Malgré la pression politique et industrielle, la Commission européenne refuse pour l’instant toute remise en cause de la réglementation. Le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a indiqué aux ministres européens que Bruxelles n’avait pas l’intention de rouvrir les négociations. Pour l’exécutif européen, cette législation constitue un pilier de la stratégie visant à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

La Finlande figure parmi les rares États opposés à un report. Sa ministre de l’Énergie, Sari Multala, estime que les critiques formulées contre le texte relèvent davantage des enjeux géopolitiques que de véritables préoccupations énergétiques. Le débat intervient alors que l’Europe connaît un nouvel épisode de chaleur exceptionnelle. Cet argument renforce la position de Bruxelles : le méthane, principal composant du gaz naturel, possède un pouvoir de réchauffement plus de 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de vingt ans, tandis que le continent européen se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

x80 Soit le pouvoir de réchauffement du méthane par rapport à celui du CO2, sur une période de 20 ans.

Les experts restent toutefois divisés sur les conséquences réelles de la réglementation. Dans une étude réalisée pour l’ONG EDF Europe, Rystad Energy estime que les volumes de pétrole et de gaz conformes aux futures exigences sont suffisamment importants, à condition de mettre en place des systèmes fiables de surveillance des émissions.

À l’inverse, Wood Mackenzie, dans une étude soutenue par plusieurs organisations industrielles, considère qu’une part importante des importations risque de ne pas satisfaire aux nouvelles obligations. Selon le cabinet, cette situation pourrait entraîner des tensions sur les approvisionnements et accentuer la volatilité des marchés.

Ce bras de fer illustre le dilemme auquel est confrontée l’Union européenne : réduire rapidement les émissions de méthane tout en sécurisant ses approvisionnements énergétiques. Un équilibre d’autant plus difficile à trouver que les exportateurs américains disposent désormais d’un important pouvoir de négociation, tandis que des marchés alternatifs comme la Chine et l’Inde continuent d’absorber une demande croissante de GNL.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.