La réouverture annoncée du détroit d’Ormuz a immédiatement détendu les marchés de l’énergie. Si les prix du pétrole ont fortement reculé, le GNL demeure confronté à des contraintes structurelles qui limitent les perspectives de baisse. Entre production perturbée, logistique complexe et forte demande mondiale, le retour aux prix d’avant-guerre apparaît encore lointain.
20 % du commerce mondial de GNL toujours dépendant d’Ormuz
L’accord conclu entre Washington et Téhéran ouvre la voie à une reprise progressive du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Pour autant, le marché du gaz ne peut pas retrouver son équilibre aussi rapidement que celui du pétrole. La guerre a laissé des traces durables sur la production et les chaînes d’approvisionnement du gaz naturel liquéfié. Face aux attaques iraniennes, le Qatar avait suspendu dès le mois de mars ses activités de liquéfaction. Or, le redémarrage de ces installations ne peut être envisagé à la légère. Comme l’a souligné Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, « il n’est pas possible de redémarrer les usines de liquéfaction pour les réarrêter ». Selon lui, il s’agit d’une « question complexe », ce qui laisse entendre que Doha attend des garanties solides avant de relancer pleinement sa production.
Cette prudence s’explique par le rôle central du Qatar dans le commerce mondial du GNL. Environ 20 % des échanges mondiaux de GNL transitent par le détroit d’Ormuz, sans véritable itinéraire alternatif. Contrairement au pétrole, dont les flux peuvent être plus facilement réorientés, le marché du gaz repose sur une logistique particulièrement rigide, nécessitant des infrastructures spécialisées et des contrats de long terme.
Europe : une demande hivernale déjà sous tension
Au-delà des difficultés de production, les marchés ont également intégré que le gaz ne constitue pas une priorité stratégique pour l’administration américaine. Selon Thierry Bros, professeur à Sciences Po et spécialiste de l’énergie, « le président américain a martelé depuis le début de son deuxième mandat qu’il souhaitait un pétrole à 50 dollars le baril, et les marchés ont été contraints d’intégrer cette volonté américaine ».
La situation est différente pour le GNL, dont les États-Unis sont devenus l’un des principaux exportateurs mondiaux. Thierry Bros estime même que l’Iran pourrait chercher à compliquer les exportations de gaz vers l’Europe et l’Asie afin de conserver un levier diplomatique, tout en évitant une confrontation directe avec Washington. Une telle stratégie aurait pour effet de soutenir les prix du GNL américain.
L’Europe demeure particulièrement dépendante de cette source d’approvisionnement. Selon le Conseil de l’Union européenne, les États-Unis représentaient près de 58 % des importations européennes de GNL en 2025.
Les perspectives de prix restent également influencées par les besoins de stockage en vue de l’hiver 2026-2027. Après être montés au-dessus de 45 €/MWh fin mai, les contrats de référence européens Dutch TTF sont revenus autour de 41 €/MWh à la mi-juin. Cette détente reste toutefois limitée. Les réserves européennes ayant fortement diminué à l’issue du dernier hiver, les États membres doivent reconstituer rapidement leurs stocks. Dans le même temps, plusieurs épisodes de canicule en Asie stimulent la consommation de gaz pour la production d’électricité et la climatisation. Cette concurrence accrue entre l’Europe et l’Asie pour l’accès aux cargaisons de GNL devrait maintenir une pression durable sur les prix, malgré la réouverture du détroit d’Ormuz.
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.