Post-ARENH, record d'exportation d'électricité, volatilité des prix; la CRE vient de publier son rapport 2025.
RTE estime à environ 100 milliards d’euros les investissements nécessaires sur les quinze prochaines années pour adapter le réseau électrique.

La Commission de régulation de l’énergie a publié son rapport d’activité 2025, dressant le bilan d’une année charnière pour le secteur énergétique français. Entre l’extinction de l’ARENH, un record historique de 92,5 TWh d’exportations d’électricité et une montée spectaculaire de la volatilité des prix, le système électrique entre dans une nouvelle phase de son développement.

La France après l’ARENH

L’année 2025 restera avant tout marquée par la disparition de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), dispositif en vigueur depuis 2010 et définitivement supprimé au 31 décembre. Cette évolution oblige désormais fournisseurs et grands consommateurs à s’approvisionner intégralement sur les marchés de gros, tandis qu’EDF valorise sa production nucléaire aux conditions de marché.

Pour accompagner cette mutation, la CRE a préparé le futur mécanisme de Versement nucléaire universel (VNU). Dans ce cadre, elle a estimé le coût complet de production du parc nucléaire historique à 60,3 €/MWh pour la période 2026-2028. Les seuils de taxation et d’écrêtement des revenus d’EDF ont quant à eux été fixés par le gouvernement à 78 €/MWh et 110 €/MWh. Les revenus prévisionnels du groupe, évalués à 66,08 €/MWh pour 2026, restent pour l’heure inférieurs au seuil de déclenchement.

Cette bascule a déjà eu un effet tangible sur les échanges de marché. Les volumes négociés sur les marchés à terme français ont atteint 1 897 TWh en 2025, soit une progression de 20 % sur un an, portée par les besoins croissants de couverture des acteurs et l’arrivée de nouveaux intervenants.

L’activité du régulateur est restée particulièrement soutenue. La CRE a organisé 65 séances, conduit 16 consultations publiques, auditionné 17 acteurs de marché et participé à plus de 80 réunions européennes. Le Comité de règlement des différends et des sanctions (CoRDiS) a, de son côté, traité 43 saisines, rendu 14 décisions et prononcé 19 millions d’euros de sanctions.

À l’occasion de son 25e anniversaire, l’institution a également dévoilé sa feuille de route à l’horizon 2030, articulée autour de trois grands axes stratégiques visant à accélérer la transition énergétique, renforcer la protection des consommateurs et contribuer à la construction d’une Europe énergétique plus compétitive et plus souveraine.

547,6 TWh Soit la production nationale d’électricité en 2025.
68,1 % Soit la part du nucléaire dans le mix énergétique, en 2025.
+20 % Soit la hausse des volumes négociés sur les marchés à terme français, en 2025 (1897 TWh) par rapport à 2024.

Record historique de 92,5 TWh exportés

La France a confirmé en 2025 sa position d’exportateur net d’électricité. La production nationale a atteint 547,6 TWh, en hausse de 1,5 % sur un an. Le nucléaire demeure la principale source de production avec 373 TWh, soit 68,1 % du mix électrique, devant l’hydraulique (62,4 TWh), l’éolien (49,6 TWh) et le solaire (32,9 TWh). Au total, les énergies renouvelables ont produit 156 TWh. Cette production abondante a permis à la France d’atteindre un niveau d’exportations inédit de 92,5 TWh, notamment vers l’Allemagne. Ces échanges ont généré 5,4 milliards d’euros de valorisation nette ainsi que 1,6 milliard d’euros de recettes d’interconnexion pour RTE, contribuant à réduire les coûts d’acheminement supportés par les consommateurs. Dans le même temps, la consommation brute d’électricité est restée stable à 446 TWh, tandis que la consommation de gaz a reculé de 3 %, à 350 TWh, soit 27 % de moins qu’en 2019.

L’année a également été marquée par une forte détente des prix de gros. Le prix de l’électricité en base pour livraison l’année suivante est redescendu à 61 €/MWh, contre 77 €/MWh en 2024. Sur le marché gazier, le contrat mensuel s’échangeait à 27 €/MWh fin décembre, en baisse de 53 % par rapport à son pic de février.

Cette baisse des prix s’accompagne toutefois d’une volatilité croissante. Le nombre d’heures à prix négatifs a bondi à 513 heures, contre 352 un an plus tôt. Parallèlement, 21 % des heures de l’année ont enregistré des prix supérieurs à 100 €/MWh, contre 16 % en 2024. Cette évolution reflète l’intégration grandissante des énergies renouvelables intermittentes et souligne le besoin croissant de flexibilités pour équilibrer le système. Pour répondre à ces nouveaux enjeux, la CRE a poursuivi la modernisation du système énergétique. Près de 15 GW d’énergies renouvelables participent désormais au mécanisme d’ajustement de RTE. Avec le TURPE 7, le régulateur a également engagé une réforme des heures creuses afin de mieux orienter la consommation vers les périodes de forte production solaire.

Les besoins d’investissement changent désormais d’échelle. RTE estime à environ 100 milliards d’euros les investissements nécessaires sur les quinze prochaines années pour adapter le réseau de transport délectricité, tandis qu’un effort comparable sera requis sur les réseaux de distribution exploités par Enedis.

Enfin, le soutien aux énergies renouvelables reste soutenu. La CRE a proposé de retenir 818 projets représentant 5,05 GW de capacités supplémentaires, dont 63 % de photovoltaïque et 37 % d’éolien terrestre. Les charges de service public de l’énergie (CSPE) se sont établies à 10,9 milliards d’euros en 2025 et devraient atteindre 12,9 milliards d’euros en 2026, sous l’effet de l’augmentation des volumes soutenus et du maintien de prix de marché relativement faibles.

« Nous entrons dans une nouvelle étape du développement du système énergétique français, marquée par la fin de l’ARENH, l’essor des énergies renouvelables et l’adaptation des réseaux à de nouveaux usages », souligne en filigrane le rapport de la CRE, dont l’influence européenne se renforce avec l’élection de sa présidente, Emmanuelle Wargon, à la tête du Conseil des régulateurs de l’ACER en septembre 2025.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.