La flambée des cours du pétrole provoquée par la guerre au Proche-Orient ravive le spectre des crises énergétiques passées. Mais selon l’Insee, l’économie française apparaît aujourd’hui mieux armée qu’en 2022 grâce à une moindre dépendance aux produits pétroliers, un euro plus favorable et une crise concentrée sur le seul marché du pétrole.
Un impact économique limité
Selon l’Insee, le choc énergétique lié à la guerre au Proche-Orient devrait avoir des conséquences nettement plus modérées sur l’économie française que celles observées lors de la guerre en Ukraine ou des grands chocs pétroliers des années 1970.
Malgré une envolée des prix du pétrole, le baril de Brent ayant ponctuellement doublé par rapport à son niveau de 2025, autour de 60 dollars, la crise ne devrait amputer le revenu national que de 0,2 point cette année. À titre de comparaison, cette perte avait atteint 1,4 point en 2022 et jusqu’à 3 points lors des chocs pétroliers consécutifs à la guerre du Kippour en 1973 et à la révolution iranienne de 1979.
L’Insee rappelle par ailleurs que le record historique du prix du pétrole n’a pas été atteint lors d’une crise géopolitique majeure, mais en juin 2008, lorsque le baril de Brent avait dépassé les 130 dollars, porté par une demande mondiale particulièrement soutenue.
Plusieurs facteurs expliquent cette résilience accrue. D’abord, le taux de change est aujourd’hui plus favorable qu’en 2022, lorsque l’euro, fortement affaibli, était tombé à parité avec le dollar, amplifiant mécaniquement le coût des importations énergétiques pour les pays de la zone euro.
Ensuite, la crise actuelle touche essentiellement le pétrole. En 2022, les prix du gaz et de l’électricité avaient également explosé sous l’effet des « craintes de ruptures d’approvisionnement en gaz après l’embargo contre la Russie » et de « l’indisponibilité d’une large fraction du parc nucléaire français », souligne l’Insee.
« le choc actuel pourrait contribuer à amplifier la tendance récente à l’électrification du parc de véhicules en France », Insee
Baisse des dépenses pétrolières ; transition énergétique accélérée
L’institut met également en avant la transformation progressive du modèle énergétique français. La baisse continue de la dépendance aux produits pétroliers, favorisée par le poids du nucléaire dans le mix énergétique et par les gains d’efficacité énergétique de l’industrie, contribue à amortir le choc actuel.
L’Insee estime même que « le choc actuel pourrait contribuer à amplifier la tendance récente à l’électrification du parc de véhicules en France », ce qui réduirait encore davantage la dépendance du pays aux carburants fossiles dans les années à venir.
Pour les ménages, la situation reste toutefois sensible. Contrairement à 2022, où l’État avait mis en place des aides généralisées à la pompe afin de limiter les effets de la hausse des prix, les mesures actuelles sont davantage ciblées sur certaines entreprises et les ménages les plus exposés. Conséquence directe : le « pouvoir d’achat en produits pétroliers » des ménages devrait reculer de 20 % par rapport à 2025, soit une dégradation comparable à celle observée lors de la crise énergétique de 2022, malgré un impact macroéconomique global nettement plus limité.
Source : Insee
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.