L’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, qui pourrait conduire à la réouverture du détroit d’Ormuz, soulage les marchés. Mais pour les acteurs du pétrole et du gaz, le retour à la normale ne sera ni immédiat ni total. Au-delà de la détente géopolitique, cette crise a profondément modifié la perception des risques liés aux approvisionnements énergétiques mondiaux.
Un retour à la normale progressif
La perspective d’une réouverture du détroit d’Ormuz constitue un enjeu majeur pour les marchés de l’énergie. Le directeur général de l’AIE, Fatih Birol, a ainsi rappelé qu’une « réouverture totale et sans condition du détroit d’Ormuz » était indispensable pour que « pétrole et gaz recommencent à circuler à destination de l’Asie et au-delà ».
Donald Trump a affirmé que le détroit serait « complètement ouvert » dès vendredi, à l’occasion de la signature du cadre d’accord conclu entre Washington et Téhéran. Pour Claudio Galimberti, économiste en chef chez Rystad Energy, cela « constituerait l’un des développements les plus importants pour l’économie mondiale à l’heure actuelle ». Les marchés ont immédiatement réagi. L’annonce de l’accord a entraîné une baisse des prix des hydrocarbures et un rebond des places boursières. Mardi, le baril de Brent est ainsi repassé sous le seuil des 80 dollars pour la première fois depuis mars.
Pour autant, les professionnels du secteur appellent à la prudence. « Nous attendons un accord qui soit bien concret et des preuves tangibles que le détroit rouvre », souligne Blandine Ruty, secrétaire générale de l’Ufipem. Selon elle, la poursuite de la baisse des prix dépendra de l’apparition de « signes de stabilité politique » durables.
Même en cas de réouverture effective, le redémarrage complet du secteur prendra du temps. « Il faudra du temps pour que la production remonte en puissance, que les chaînes logistiques se normalisent et pour dissiper la prime de risque intégrée aux prix du pétrole brut », prévient Claudio Galimberti. Une analyse partagée par Philippe Chalmin, coordinateur du rapport CyclOpe, qui rappelle que certains gisements et infrastructures endommagés ne pourront pas être remis en service instantanément : « Ce n’est pas un robinet qu’on tourne ».
le secteur accélère sa diversification et ses capacités de stockage
Au-delà de ses conséquences immédiates, la crise a mis en lumière la vulnérabilité structurelle des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales. Pour Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management, le conflit a révélé un risque souvent sous-estimé : « On peut produire un baril, mais si la voie maritime est perturbée, il devient un stock bloqué ». Cette prise de conscience pousse les grands acteurs du secteur à revoir leur stratégie. Selon Stephen Innes, l’industrie évolue progressivement d’une logique de gestion en flux tendu vers une logique de résilience, passant du « juste à temps » au « au cas où ».
Les compagnies pétrolières renforcent ainsi leurs réflexions sur les capacités de stockage, le développement de nouveaux pipelines, la diversification des sites de production et la multiplication des routes d’exportation. TotalEnergies prévoit notamment de développer des projets de taille plus réduite, capables d’entrer rapidement en production. Son PDG, Patrick Pouyanné, a également évoqué la construction de « nouveaux pipelines ».
Toutefois, les experts soulignent les limites de ces solutions. Francis Perrin, spécialiste des marchés pétroliers, rappelait récemment que « pour les produits raffinés et le gaz naturel, si le détroit d’Ormuz est bloqué, vous êtes bloqués à 100 % ». Si certains producteurs, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, disposent déjà de routes alternatives grâce à leurs réseaux de pipelines, celles-ci restent insuffisantes pour remplacer totalement le détroit. « On peut construire des marges de sécurité, mais pas un autre Ormuz du jour au lendemain », résume Stephen Innes.
Cette crise pourrait ainsi marquer un tournant durable dans les politiques énergétiques mondiales. L’AIE estime désormais que les États seront amenés à privilégier non seulement les solutions les plus compétitives économiquement, mais également les plus sûres sur le plan stratégique, faisant de la sécurité d’approvisionnement un critère aussi déterminant que le coût de l’énergie.
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.