La vague de chaleur exceptionnelle qui frappe la France contraint EDF à réduire la production de plusieurs réacteurs nucléaires.

La vague de chaleur exceptionnelle qui frappe la France contraint EDF à réduire la production de plusieurs réacteurs nucléaires afin de respecter les limites environnementales liées au réchauffement des cours d’eau. Si ces restrictions font grimper les prix de l’électricité à court terme, elles ne remettent pas en cause la sécurité d’approvisionnement du pays, qui demeure largement exportateur d’électricité.

27 % du parc potentiellement concerné par la canicule

EDF a annoncé mardi 23 juin une série de réductions de production sur plusieurs réacteurs nucléaires, portant à environ 4 GW la puissance indisponible, soit près de 6 % de la capacité nucléaire française.

L’électricien prévoit notamment une baisse de disponibilité de 730 MW sur Bugey 3 (910 MW), de 960 MW sur Nogent 2 (1,3 GW) et de 1 GW sur Saint-Alban 2 (1,3 GW). Le réacteur Golfech 2 (1,3 GW), quant à lui, est à l’arrêt depuis lundi et devrait le rester jusqu’au 30 juin. EDF a également prévenu que des restrictions pourraient être mises en place à partir de mercredi sur le site du Blayais (3,6 GW). Selon les données de Montel EQ, la disponibilité du parc nucléaire devait tomber à 37,7 GW mardi après-midi, son niveau le plus faible depuis le 5 octobre 2025, avant de remonter progressivement à 43,9 GW en fin de journée.

Au total, les centrales susceptibles de réduire leur production (Blayais, Bugey, Golfech, Nogent, Saint-Alban et Tricastin)  représentent environ 17 GW de capacité, soit 27 % du parc nucléaire installé. Toutefois, EDF devra maintenir certains réacteurs à un niveau minimal de fonctionnement pour préserver l’équilibre du réseau électrique.

Cette situation s’explique par un épisode de chaleur exceptionnel, avec des températures atteignant jusqu’à 43 °C dans certaines régions françaises. Le réchauffement des fleuves et rivières utilisés pour le refroidissement des centrales impose en effet le respect de seuils réglementaires concernant la température et le débit des cours d’eau.

Selon Météo-France, cet « épisode caniculaire étendu, durable et intense » devrait se prolonger au moins jusqu’à jeudi, avec des températures maximales records. Pour Thibault Laconde, PDG du cabinet d’analyse des risques climatiques Callendar, ces restrictions interviennent relativement tôt dans la saison estivale, même si des réductions de production avaient déjà été observées dès le mois de mai lors de la canicule de 2022. « Les baisses de production observées sur les sites du Bugey et de Saint-Alban s’expliquent par la hausse des températures en aval du Rhône », explique Thibault Laconde, soulignant l’impact des rejets thermiques des centrales équipées de systèmes de refroidissement en circuit ouvert. L’expert estime également que le Tricastin pourrait être concerné dans les prochains jours et rappelle que les températures des cours d’eau peuvent rester élevées plusieurs jours après la fin d’une canicule en raison de phénomènes d’inertie thermique.

110 €/MWh Soit le prix que pourrait atteindre l’électricité, sur les marchés, cette semaine, du fait de la canicule.

Le marché sous tension malgré un système électrique solide

Les restrictions de production nucléaire exercent une pression haussière sur les prix de l’électricité. Selon LSEG, le prix moyen de l’électricité en France devrait atteindre environ 110 €/MWh cette semaine avant de retomber vers 66 €/MWh la semaine prochaine, grâce au retour de températures plus modérées. Le prix spot français pour livraison mercredi a ainsi atteint 157,87 €/MWh, son plus haut niveau depuis seize mois.

Pour Margarita Flores, analyste chez LSEG, la situation devrait toutefois s’améliorer rapidement. « La disponibilité du parc nucléaire reste globalement conforme aux niveaux observés sur la même période ces deux dernières années », souligne-t-elle. L’analyste estime par ailleurs que les températures de la Garonne devraient repasser sous les seuils réglementaires dès la semaine prochaine, permettant une reprise progressive de la production à Golfech. La baisse attendue des températures devrait également réduire la consommation électrique tout en favorisant la production nucléaire. Une légère hausse de la production éolienne contribuerait aussi à détendre les prix sur le marché.

Malgré les contraintes actuelles, la France conserve une position confortable. « La France reste exportatrice nette d’électricité grâce à un parc nucléaire de 63 GW, une utilisation limitée de la climatisation et le développement des capacités solaires », rappelle Maxence Cordiez, expert énergie à l’Institut Montaigne.

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE a par ailleurs indiqué que la canicule avait entraîné lundi une hausse de la consommation électrique de 12 GW par rapport à une situation normale. Pour autant, aucun risque pour la sécurité d’approvisionnement n’est identifié à ce stade.

Source : Montel

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.