Depuis le déclenchement de la guerre en Iran le 28 février 2026 et le blocage du détroit d’Ormuz, la facture énergétique de l’UE liée aux importations de combustibles fossiles a augmenté de 22 milliards d’euros en 44 jours de conflit. Face à cette nouvelle flambée, les États membres réagissent en ordre dispersé, avec des arbitrages différents selon leurs marges budgétaires.
La France : un ciblage sectoriel
Paris a choisi de concentrer son aide plutôt que de la généraliser : aides au carburant pour les transports, l’agriculture et la pêche, complétées par un soutien sur les factures d’énergie pour 4 millions de ménages modestes. Trois raisons à ce choix : l’endettement déjà élevé de l’État, qui rend une aide générale trop coûteuse ; la volonté d’éviter qu’elle bénéficie à des acteurs qui n’en ont pas besoin ; et l’objectif de réduire la dépendance au pétrole et au gaz plutôt que d’en amortir durablement le coût.
Pour les entreprises industrielles et les grands comptes, cette logique de ciblage signifie que le soutien public reste concentré sur des secteurs identifiés (transport, agriculture, pêche) et ne constitue pas un filet de sécurité généralisé sur les coûts énergétiques.
Et que font nos voisins ?
Allemagne : depuis le 1ᵉʳ avril, les stations-service ne peuvent modifier leurs tarifs qu’une seule fois par jour, à midi, contre 22 fois en moyenne auparavant. La mesure ne garantit pas de baisse du prix à la pompe, mais limite les envolées spéculatives aux heures de pointe.
Espagne : un plan présenté le 20 mars instaure des aides directes pour les transporteurs, agriculteurs, éleveurs et pêcheurs, et interdit toute interruption des approvisionnements essentiels aux ménages les plus vulnérables.
Italie : un décret-loi du 18 mars instaure un crédit d’impôt pour les transporteurs routiers et les pêcheurs, équivalent à la hausse des coûts de carburant, pour éviter que la flambée du gazole ne se répercute sur les prix des biens de consommation.
Au-delà de ces mesures contextuelles, quatre leviers reviennent le plus souvent chez les États membres : baisses de taxes, encadrement des prix, aides ciblées aux secteurs fragiles, et contrôles sur les distributeurs pour limiter les hausses de marge artificielles.
Le niveau européen : coordination et réforme structurelle du marché
La Commission européenne recommande des mesures ciblées et temporaires. Sa présidente, Ursula von der Leyen, met l’accent sur la coordination entre États : lors de la crise de 2022, la plateforme européenne d’achat groupé de gaz avait permis d’acquérir 90 milliards de mètres cubes à des prix plus avantageux. La Commission propose de remobiliser cet outil, ainsi qu’une meilleure coordination du remplissage des stocks de gaz nationaux et de la libération des stocks de pétrole.
Pour les acheteurs d’énergie professionnels, le levier le plus structurant reste la réforme du marché européen de l’électricité, en vigueur depuis le 16 juillet 2024. Elle encourage deux types de contrats de long terme :
- les PPA (Power Purchase Agreement), accords de vente directe entre un producteur et un client, souvent une entreprise grande consommatrice, d’une durée de 5 à 20 ans ;
- les contrats pour la différence (CFD), qui encadrent désormais tout soutien public aux nouveaux investissements dans la production renouvelable et nucléaire.
Ces deux dispositifs visent à stabiliser les revenus des producteurs bas carbone et à protéger les consommateurs des variations rapides du marché de gros. La réforme prévoit également qu’un état de « crise » puisse être déclaré par le Conseil européen si les prix de gros atteignent au moins 180 €/MWh, ouvrant la voie à une intervention publique sur le marché.
Source : Toute l’Europe, « Quels sont les leviers mis en œuvre par l’UE et les États membres pour limiter la flambée des prix de l’énergie ? », touteleurope.eu
Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée
Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.
Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.