Le Haut Conseil pour le Climat a publié son rapport annuel. Le chapitre consacré à la production d’énergie et à la transition énergétique analyse la PPE3. Une PPE enfin publiée, mais fragile sur plusieurs points qui touchent directement les stratégies d’achat et de décarbonation.

Les émissions du secteur reculent moins vite qu’avant

Après plusieurs années de baisse continue, les émissions de la production d’énergie repartent légèrement à la hausse : 31,4 Mt éqCO2 en 2025, soit +0,6 % sur un an. Le raffinage pétrolier explique cette hausse, en partie compensé par les réseaux de chaleur, plus décarbonés. Le secteur électrique, lui, stagne, malgré une production en légère progression, absorbée par des exports records vers les voisins européens.

Un chiffre à retenir pour situer l’enjeu réel : l’énergie représente 64 % des émissions brutes françaises une fois les usages comptés, contre 9 % pour la seule production. Le sujet n’est donc pas la production d’énergie en tant que telle, mais la vitesse à laquelle les entreprises électrifient leurs usages.

La PPE3 est juste publiée, le HCC pointe ses failles

La programmation pluriannuelle de l’énergie a fini par sortir, après deux ans et demi d’atermoiements. C’est un signal positif pour la visibilité des filières. Mais le HCC identifie plusieurs fragilités qui concernent directement les entreprises engagées dans une trajectoire de décarbonation :

  • L’ambition sur les renouvelables électriques a été revue à la baisse par rapport aux versions précédentes, dans un contexte où l’électrification des usages reste trop lente.
  • Une clause de revoyure en 2027 introduit de l’incertitude pour les acteurs qui doivent amortir des investissements bas-carbone sur 15 à 20 ans.
  • La PPE a été publiée avant la SNBC3, avec un écart de 10 % sur les objectifs 2030 du secteur énergie entre les deux documents. Deux textes de référence, deux trajectoires différentes : les entreprises qui pilotent leurs objectifs climat sur ces référentiels devront suivre les ajustements de près.
  • La fiscalité de l’énergie reste favorable au gaz par rapport à l’électricité. Une mesure de convergence fiscale portée par le Sénat n’a pas survécu au 49-3. Pour une entreprise qui investit dans l’électrification de ses process, le signal-prix reste donc défavorable, malgré un discours public qui pousse dans l’autre sens.

Le vrai sujet 2026 : la flexibilité, pas la production

Le HCC est clair : la France n’a plus de problème de capacité de production bas-carbone à court terme. Le sujet qui structure la suite, c’est la flexibilité.

Le rapport documente plusieurs leviers concrets déjà actifs ou en test :

  • Participation des installations renouvelables au mécanisme d’ajustement, pour absorber les épisodes de prix négatifs.
  • Effacement industriel et tertiaire, via le décret BACS pour les bâtiments tertiaires de forte puissance (dont le déploiement est encore lent selon le HCC).
  • Offres de raccordement intelligent et tarification différenciée, testées à petite échelle sur des consommateurs résidentiels.
  • Stockage batterie, dont les coûts ont chuté d’environ 40 % en 2024, combiné au passage du marché au pas de 15 minutes (un levier de revenu additionnel que le rapport juge encore sous-exploité côté offres commerciales).

Selon le HCC le signal-prix seul ne suffit pas à déclencher l’investissement en flexibilité. L’élasticité-prix des consommateurs serait trop faible.

Prix de l’électricité : un avantage français réel, mais fragile

La France conserve un avantage prix net : 61 €/MWh de prix spot moyen en 2025 contre 89 €/MWh en Allemagne, un écart qui devrait se maintenir en 2026 (51 contre 85 €/MWh selon les prévisions citées). L’intensité carbone du système électrique français (19,6 g éqCO2/kWh) reste parmi les plus basses d’Europe, loin devant la moyenne continentale (175 g éqCO2/kWh RU et Suisse inclus).

Le HCC rattache cependant la volatilité des prix à deux causes structurelles qui ne disparaissent pas avec la PPE3 : une flexibilité du système encore insuffisante, et une dépendance persistante aux énergies fossiles pour la formation des prix marginaux, notamment le gaz. Les fossiles représentent une facture nette de 55 Md€ par an en moyenne sur vingt ans (à comparer aux 2,4 Md€ de soutien annuel moyen aux renouvelables sur la même période). L’écart donne une idée du chemin qui reste à parcourir avant que le prix de l’électricité en France cesse de dépendre des marchés du gaz.

Le HCC note aussi plusieurs angles morts :

  • Le nouveau nucléaire manque de données publiques robustes sur sa résistance aux aléas climatiques à horizon 2100. Les entreprises qui bâtissent leur mix d’approvisionnement long terme sur cette filière n’ont, à ce stade, pas les éléments pour évaluer ce risque.
  • Les opérateurs de réseaux gaz sont nettement en retard sur l’anticipation climatique par rapport à leurs homologues électricité. Un seul des deux gestionnaires de transport gaz aborde le sujet.
  • La méthanisation avance sans valorisation des externalités positives (captage et usage du CO2 biogénique), ce qui, selon le HCC, risque de structurer la filière en décalage avec les objectifs de neutralité carbone.

Un mix compétitif, une trajectoire encore ouverte

La France garde un mix électrique compétitif et décarboné. Mais la PPE3 introduit une incertitude datée (2027), une fiscalité qui continue de favoriser le gaz face à l’électricité, et un chantier de flexibilité qui reste, de l’aveu même du HCC, à un stade largement prospectif. Le HCC considère la disponibilité de volumes bas-carbone acquise à un niveau structurel. Le rythme auquel les mécanismes de flexibilité et d’effacement passeront du stade d’expérimentation à celui de norme du système électrique reste, lui, la vraie inconnue.

Charlotte Martin Responsable Communication

Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée

Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.

Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.