Malgré le discours rassurant de Bruxelles, plusieurs analystes alertent sur une fragilisation possible de la sécurité d’approvisionnement en gaz cet hiver. En cause : des importations de GNL en recul, des stocks qui pourraient rester inférieurs aux objectifs européens et une accumulation de risques sur l’offre comme sur la demande.
Un niveau jugé fragile avant le 1er novembre
La Commission européenne a assuré qu’il n’existait « aucune inquiétude immédiate » concernant la sécurité d’approvisionnement en gaz pour l’hiver. Selon Bruxelles, un taux de remplissage des stockages de 80 %, bien qu’inférieur à l’objectif européen de 90 %, serait « suffisant ». Cette lecture est toutefois contestée par plusieurs spécialistes du marché gazier. Tor Svelland, PDG de Svelland Capital, juge l’exécutif européen « trop confiant et trop serein » face à la situation. Il se dit même sceptique sur la capacité des pays de l’UE à atteindre 70 % de remplissage des stocks d’ici au 1er novembre.
D’après des analystes interrogés par Montel, l’hypothèse d’un début d’hiver avec les réserves les plus basses depuis cinq ans devient de plus en plus probable. Le niveau de stockage pourrait alors se situer autour de 75 %, un seuil inférieur aux ambitions européennes et potentiellement insuffisant en cas de choc d’approvisionnement ou de vague de froid.
« Les acheteurs européens doivent commencer à accepter de payer davantage pour s’assurer d’attirer le plus possible de cargaisons de GNL en provenance des États-Unis », Thor Svelland, PDG de Svelland Capitol.
Une « accumulation de problèmes »
La principale inquiétude vient du recul prolongé des importations européennes de gaz naturel liquéfié. Celles-ci diminuent depuis quatre mois. En juin, les volumes ont baissé de 15 % sur un mois, à 10,45 milliards de mètres cubes, selon les données de suivi maritime de Kpler. Les cargaisons américaines se dirigent davantage vers l’Asie, où les prix du gaz sont plus attractifs que sur le marché européen. Pour Josh Adamson, responsable du conseil gaz et GNL chez Baringa, cette situation rend l’Europe plus vulnérable. « Il est possible que la Commission européenne estime qu’il y aura suffisamment de GNL cet hiver pour réduire la nécessité de remplir les stocks pendant l’été (…) mais le problème est que cela rend l’Europe bien plus vulnérable à des événements imprévus comme des interruptions de production aux États-Unis ou un hiver plus rigoureux », explique Josh Adamson.
Les risques ne se limitent pas au GNL américain. Tor Svelland pointe aussi la possibilité d’arrêts de maintenance imprévus en Norvège, d’une baisse des livraisons de GNL russe ou encore de perturbations prolongées des approvisionnements qataris : « Tout le monde considère qu’il n’y aura pas de maintenance imprévue en mer du Nord, mais nous restons sceptiques après quatre années de fonctionnement à pleine capacité en raison de la guerre russo-ukrainienne », souligne Tor Svelland. Anne-Sophie Corbeau, chercheuse à l’université Columbia, partage cette prudence. Elle estime que l’Europe pourrait faire face à des tensions si plusieurs facteurs défavorables se combinaient : « L’Europe pourrait être confrontée à des tensions sur l’approvisionnement en gaz en cas d’accumulation de problèmes à la fois du côté de l’offre et de la demande », estime Anne-Sophie Corbeau.
Pour attirer davantage de cargaisons de GNL, Tor Svelland estime que les acheteurs européens devront accepter de payer plus cher. « Les acheteurs européens doivent commencer à accepter de payer davantage pour s’assurer d’attirer le plus possible de cargaisons de GNL en provenance des États-Unis », insiste Tor Svelland. Or, le signal de prix actuel n’encourage pas le stockage. Le contrat gazier pour cet hiver sur le TTF s’échangeait récemment à 42,60 €/MWh sur Ice Endex, soit environ 2 € de moins que les contrats d’août, septembre et octobre. Cette configuration ne crée donc pas d’incitation économique à injecter du gaz maintenant pour le revendre plus cher cet hiver.
Josh Adamson estime enfin que l’UE devra importer beaucoup plus de GNL pour combler le déficit accumulé dans les prochains mois. « L’UE devra importer beaucoup plus de GNL pour combler le déficit créé au cours des six à douze prochains mois », estime Josh Adamson. Selon lui, la réouverture complète du détroit d’Ormuz pourrait encore prendre au moins quatre mois, dans le contexte des perturbations liées à la guerre en Iran.
Source : Montel
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.