Pourquoi une entreprise industrielle doit être attentive au choix de son opérateur d’énergie ?

Panorama de la consommation d’énergie par les entreprises industrielles en France

La consommation d’énergie par les entreprises industrielles représente 21 % de la consommation finale d’énergie en France.

Il faut noter que l’innovation technologique et les efforts des différents acteurs du secteur ont permis une baisse de la consommation globale depuis les 50 dernières années ! Elle avoisinait ainsi les 36 % de la consommation finale en 1973.

Il existe de nombreux secteurs industriels et, logiquement, de multiples profils de consommation. Dans les industries grosses consommatrices d’énergie (IGCE) on trouve essentiellement les cimenteries, briqueteries et quelques entreprises de la chimie et de l’agro-alimentaire. Certaines technologies impactent la facture énergétique plus lourdement que d’autres, comme les fours ((verre et céramique, métallurgie, papier, agro-alimentaire, matériaux de construction) ou les moteurs industriels (qui représentent 70 % de la facture d’électricité du secteur à eux tout seuls).

Comme le rappelle l’Insee, dans son rapport Insee focus n°108 : « Le gaz et l’électricité restent les énergies les plus consommées, à parts égales. Depuis 2005, hors usage en tant que matière première, le gaz et l’électricité restent les deux énergies les plus consommées, à parts quasi égales ; elles représentent à elles deux 68 % de la consommation d’énergie totale. Leurs parts respectives restent stables en 2016 par rapport à 2015. La part des combustibles minéraux solides diminue légèrement en 2016, s’établissant à 7 %. Celle des achats de vapeur se maintient à 6 % (hors usage en tant que matière première) et celle des achats de produits pétroliers à 5 %. Enfin, la part des autres énergies (bois, liqueur noire, autres produits pétroliers, autres combustibles renouvelables ou non) augmente pour atteindre 13 %. Parallèlement, l’industrie produit elle-même de l’électricité ; en 2016, cette autoproduction représente 5 000 GWh, soit 4 % de la consommation totale d’électricité, contre 5 % en 2015. Les deux tiers de cette autoproduction sont consommés sur place, le reste étant revendu au réseau. Cette autoproduction est très majoritairement d’origine thermique (91 %) ; les 9 % restants sont d’origine hydraulique, photovoltaïque ou éolienne.

Si tous les établissements consomment de l’électricité, le recours aux autres énergies est variable : 56 % consomment aussi du gaz, 38 % des produits pétroliers, tandis que chacune des autres énergies n’est consommée que par moins de 2 % des établissements. »

Le cas des entreprises énergo-intensives

5 filières sont particulièrement énergivores ; on les appelle d’ailleurs filières Énergo-Intensives : entreprises industrielles du papier et du carton ; entreprises industrielles agro-alimentaires ; entreprises industrielles du caoutchouc, plastique, et autres produits minéraux non métalliques ; entreprises industrielles de la métallurgie et entreprises industrielles de la chimie.

 A elles seules, elles représentent 85 % de la consommation totale d’énergie du secteur industriel.

En matière de consommation d’électricité, ces entreprises font partie de la catégorie des grands sites non résidentiels, avec une puissance de compteur supérieure ou égale à 250 kW.

En matière de consommation de gaz, une entreprise industrielle peut être intégrée soit à la catégorie des sites de distribution non résidentiels (qui sont raccordés au réseau de distribution) soit à la catégorie des sites transports non résidentiels (qui sont raccordés au réseau de transport.). Cela dépend de l’utilisation faite du gaz : usage de chauffage ou de process.

Quel fournisseur d'énergie une entreprise industrielle doit choisir pour son contrat d’électricité ?

La facture d’électricité d’un site industriel se compose de 3 éléments : la fourniture, le transport et les taxes. La composante fourniture est la plus impactante, représentant plus de 50 % du montant global, suivie de près par les taxes (environ 30 %) puis le transport (environ 20 %).

Le prix de la fourniture d’électricité dépend de :

  • La puissance souscrite par l’entreprise industrielle
  • Le coût unitaire du kWh, propre à chaque fournisseur. Ce prix de l’électricité varie selon :
  • le mode de sourcing de l’énergie (part d’ARENH, prix de marché) ;
  • la quantité consommée ;
  • la courbe de charge et sa prévisibilité. Globalement, une fourniture d’électricité régulière et prévisible sera meilleur marché que si votre entreprise industrielle présente une courbe de charge avec des pics de consommation aléatoires.

Afin d’obtenir une offre d’électricité adaptée à votre profil et à votre budget, faites le point sur vos besoins. Vous aurez le choix entre souscrire une offre à prix fixe ou une offre à prix indexé.

Avec un contrat électricité prix indexé, le prix de votre kWh suit les évolutions du marché.

Outre le mode de révision du prix qui diffère d’un contrat à l’autre, soyez aussi attentif à la durée pour laquelle vous vous engagez, généralement 1, 2, 3 voire 4 ans. Soyez également attentif à la structure tarifaire proposée. Un fournisseur d’énergie pourra vous proposer un prix unique quand d’autres vous inciteront à choisir un prix horosaisonnalisé ou différencié. Le prix unique est appliqué sur l’ensemble de la consommation du site et toutes les heures de consommation sont donc facturées au même prix. A contrario, un prix horosaisonnalisé est un prix qui varie selon les saisons, les jours et/ou les heures de la journée. Il existe en effet plusieurs structures d’horosaisonnalisation : heures creuses/ heures pleines ; heures hiver pleines / creuses, heures été pleines/creuses ; heures creuses semaine + week-end…

Fournisseurs électricité avec offres spécifiques aux entreprises industrielles : Alpiq Energie France, Alterna, Axpo, Direct Energie, Edenkia, Electricité de Savoie, Enalp, Energie d’ici, Energies du Santerre, Enercoop, Energem, Energies Libres, Enovos, Engie, GEG Sources d’Energies, Gedia, Hydronext, Hydroption, Iberdrola, Lucia, Proxelia, Sélia, Solvay Energy Services, Uniper, Vattenfall, EDF.

Peut-on souscrire un contrat d’électricité auprès de deux opérateurs d’énergie différents ?

Une entreprise industrielle peut choisir de souscrire un contrat unique ou deux contrats séparés. Évidemment, en cas de double contrat, la facture ne porte pas sur les mêmes éléments.

On s’explique.

Il est possible pour une entreprise industrielle de souscrire un seul contrat d’électricité avec le fournisseur d’énergie de son choix, qui émettra une facture recouvrant le coût de la fourniture, le coût d’utilisation des réseaux (TURPE), les taxes et la CSPE.

Cependant, elle a aussi le loisir de souscrire un contrat d’accès aux réseaux directement avec le gestionnaire de réseau pour la partie transport/distribution. On parle alors, selon le cas, de contrat CART (Contrat d’Accès au Réseau de Transport avec RTE) ou CARD (Contrat d’Accès au Réseau de Distribution Enedis ex ERDF). Un fonctionnement qui peut être judicieux dès lors qu’un site industriel présente une consommation d’électricité égale ou supérieure à 10 GWh/an.

En parallèle, elle souscrit un contrat auprès d’un fournisseur d’électricité pour la partie fourniture. Les contrats CARD et CART sont davantage indiqués pour les sites industriels sensibles aux variations de tension ou d’irrégularité du signal électrique.

Le saviez-vous ? Pour les entreprises industrielles, des réductions de facture d’électricité sont possibles : non seulement elles doivent veiller à ce que le TURPE soit optimisé, mais elles peuvent aussi prétendre à des réductions, si elles appartiennent à la catégorie sites électro-intensifs. Une réduction à ne pas prendre à la légère puisqu’elle peut aller de 5 à 90 % ! De même, selon certains critères, les entreprises industrielles peuvent prétendre à un taux réduit de la CSPE voire à une exonération totale.

Comment une industrie peut-elle comparer les offres des différents fournisseurs d’électricité ?

Comparer les offres d’un fournisseur à un autre peut vite s’avérer compliqué. Les fournisseurs d’électricité ont également chacun une façon bien à eux de présenter leur offre et les éléments qui la composent. Difficile de faire son choix quand on n’a pas les mêmes informations sous les yeux ! A titre d’exemple, certains opérateurs n’affichent pas la partie liée à l’acheminement, à savoir le Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité (TURPE). De même, il faut être attentif aux modalités de prise en compte des Certificats d’Économie d’Énergie et au mécanisme de capacité. N’hésitez pas à demander aux fournisseurs retenus de vous détailler, par exemple, le niveau d’obligation prévisionnel de votre entreprise industrielle, le prix prévisionnel correspondant et les possibilités de régularisation ou de révision. Pensez également à la possibilité de revendre au fournisseur d’énergie des CEE ou des garanties de capacité.

Quel fournisseur d'énergie une entreprise industrielle doit choisir pour son contrat de gaz ?

Dans les entreprises industrielles, le gaz répond à de nombreux usages. Il rentre ainsi dans la production de vapeur, nécessaire aux industries du secteur de la papeterie par exemple. Il permet l’alimentation des fours comme dans les industries spécialisées en métallurgie et verrerie. L’industrie agroalimentaire s’en sert pour le fonctionnement de ses séchoirs. Le gaz est encore utilisé pour le chauffage, mais aussi pour produire de l’électricité ou comme matière première des entreprises de chimie. Dans le détail, le premier secteur industriel consommateur de gaz est la production d’électricité et de chaleur. Il s’agit essentiellement des opérateurs de centrales combinées gaz. Le deuxième secteur à forte consommation gazière est le secteur du raffinage et de la chimie.

Ces deux branches de l’industrie française absorbent à elles seules plus de deux tiers du gaz naturel consommé par l’industrie. Viennent ensuite l’agroalimentaire, la métallurgie, le verre, le papier et l’automobile.

Il faut distinguer deux sites non résidentiels, comme le rappelle le Comité de Régulation de l’Énergie dans son Observatoire 2017 Les marchés de détail de l’électricité et du gaz naturel en matière de consommateurs professionnels de gaz :

  • Les sites non résidentiels raccordés au réseau de distribution de gaz. Ils représentent 6% du nombre total de sites alimentés en gaz naturel et 39% de la consommationnationale de gaz ». Il s’agit d’entreprises industrielles présentant une consommation comprise entre 300 000 kWh/ an et 5 000 000 kWh/an.
  • Les sites non résidentielsraccordés au réseau de transport de gaz qui représentent 0,01% du nombre total de sites alimentés en gaz naturel mais 34% de la consommation national de gaz. Il s’agit d’entreprises industrielles présentant une consommation de + de 5 000 000 kWh/ an.

Le saviez-vous ? Comme en électricité, les sites gazo-intensifs peuvent bénéficier d’une réduction d’ATRT et d’ATRD s’ils présentent des profils de consommation stables ou anticycliques. Une baisse du coût de l’acheminement qui peut atteindre jusqu’à 90 %, à ne pas négliger !

Fournisseurs gaz site T3 : Alpiq Energie France, Alterna, Antargaz, Axpo, Breizh Gas, Direct Energie, Dyneff Gaz, EDF, ekWateur, Endesa Energia, Energies du SANTERRE, eni, Enovos, Gaz Natural Fenosa, Gaz Européen, Gazprom Energy, GEG Source d’Energies, Iberdrola, NATGAS France, Picoty, Save, Sélia, Séolis, Solvay, Uniper, Vattenfall, Gaz de Bordeaux, Gedia Energies et Services, Engie, Total Energie Gaz, ES.

Fournisseurs gaz site T4 : Alpiq Energie France, Antargaz, Axpo, Direct Energie, EDF, Endesa Energia, eni, Enovos, Gaz Natural Fenosa, Gaz Européen, Gazprom Energy, GEG Source d’Energies, Iberdrola, NATGAS France,, Save, Uniper, Vattenfall, Gaz de Bordeaux, Engie, Total Energie Gaz, ES.

Quels critères un industriel doit-il prendre en compte pour choisir un contrat de gaz ?

Une entreprise industrielle doit récolter diverses informations sans lesquelles un fournisseur ne pourra être en mesure de proposer une offre adéquate.

  • L’identification du point de consommation : Le Point de Comptage et Estimation (PCE), adresse du site ;
  • La typologie de l’offre actuelle : Tarification distribution pour les sites sur le marché (T4, T3, T2…), la Consommation Annuelle de Référence (CAR), le code profil (P011 à P019) ;
  • L’historique de consommation : les consommations journalières pour les très gros consommateurs (sites T4), les consommations mensuelles ou annuelles selon les informations disponibles pour les autres.

Par ailleurs, étant donné la multiplicité et la relative lisibilité des différentes offres en gaz naturel, il est important de définir en amont tout à la fois ses besoins et ses contraintes.

Une fois ces informations renseignées, un industriel pourra lancer une consultation pertinente et efficiente auprès de différents opérateurs d’énergie. Chacun des opérateurs lui présentera un coût unitaire du kWh différent. Rien d’étonnant, puisque ce coût dépend tout à la fois du sourcing de l’énergie ; de la quantité́ de gaz consommé par l’entreprise industrielle (le niveau de consommation influe sur la prime fixe et sur la marge commerciale du fournisseur) ; enfin, de la prévisibilité́ de la consommation (en lien direct avec le coût d’équilibrage de la fourniture) et de sa périodicité (le gaz est plus cher en hiver qu’en été).  Plusieurs structures de prix sont également possibles :

  • Un prix fixe unique: cette tarification unique est appliquée sur l’ensemble de la période de fourniture pour l’ensemble de la consommation du site. Ce prix est fixé un jour J sur la base d’une offre valable au maximum quelques heures selon les conditions de marché en vigueur. Si ce type de tarification permet à un industriel de se protéger contre toute hausse de marché pendant toute la durée de son contrat, elle l’empêche, en revanche, de bénéficier de potentielles opportunités de marché.
  • Un prix indexé : le prix facturé varie alors mensuellement en fonction de l’évolution de l’indice de marché choisi (Month Ahead ou Day Ahead par exemple).

Toute structure de prix peut être imaginée par les fournisseurs : de la plus basique, avec un prix ferme pour l’ensemble des composantes, à la plus optimisée en termes de révision et fixation des prix (utilisation d’indice de marché, fixation de nouveaux prix en cours de marché…)

 

À retenir :

Lors de la mise en concurrence, une partie du prix final correspondant aux activités régulées est identique quel que soit le fournisseur. Pour comparer toutes les offres sur des bases communes, il est conseillé de demander une transparence complète sur leurs composantes en distinguant bien les coûts de transports et distribution des coûts liés à la molécule et son approvisionnement.

Les entreprises industrielles très grosses consommatrices de gaz ont encore la possibilité de s’approvisionner directement sur les Points d’Échanges Gaziers ou PEGs. Un dispositif qui leur permet d’acheter directement leur gaz sur les places de marché (Powernext Gas) et de réceptionner leurs achats sur les PEG.

Cependant, le prix n’est pas le seul critère à prendre en compte au moment de se décider pour tel ou tel fournisseur d’énergie, que vous soyez industriel ou non. Les modalités contractuelles doivent également peser dans la décision : période d’engagement et pénalités en cas de résiliation anticipée, mais aussi délais de paiement, modalités de facturation, service client dédié ou non, services annexes…

Dans le cas d’entreprises industrielles classées T4, les fournisseurs auront sans doute besoin d’informations supplémentaires :

– prévision de consommation mensuelle sur 12 mois avec mention de la capacité journalière souscrite ;

– historique des consommations mensuelles sur les 24 derniers mois avec mention de la capacité journalière souscrite ;

– ou idéalement l’historique des consommations jours sur 24 mois avec précisions sur d’éventuels changements de modes de consommation

Attention : la Capacité Journalière, le piège à éviter pour les gros consommateurs

La capacité journalière annualisée ou CJA est un engagement pris par certaines entreprises industrielles très gourmandes en énergie auprès des fournisseurs de gaz naturel.  Elles s’engagent ainsi à ne pas consommer plus d’un certain volume de gaz naturel par an ; la CJA est fixée au moment de la souscription du contrat d’acheminement ou de fourniture. Il s’agit de la quantité maximum de gaz naturel, exprimée en MWh, que le gestionnaire du réseau de distribution s’engage à livrer sur site chaque jour. Le fournisseur est donc ainsi en mesure d’estimer le volume global de gaz à livrer. Attention, dès lors qu’une entreprise industrielle dépasse les montants contractuellement déterminés de sa CJA, elle s’expose à des pénalités de la part du gestionnaire de réseau de distribution (GRDF, Gaz de Strasbourg…) et/ ou du gestionnaire de réseau de transport (GRTgaz). Et peu importe le fournisseur d’énergie choisi ! Les pénalités associées sont réglementaires, définies dans les modalités de calcul de l’Accès des Tiers au Réseau de Distribution ou ATRD. Votre fournisseur doit pouvoir vous accompagner dans la gestion de cette capacité journalière annualisée.