Depuis une vingtaine d’années, les marchés français de l’électricité et du gaz ont connu une profonde mutation. L’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie, amorcée sous l’impulsion de l’Union européenne, visait à dynamiser ces secteurs longtemps dominés par des acteurs historiques. Pour les entreprises, cette évolution s’est traduite par l’apparition de nouvelles offres, une meilleure transparence et la possibilité de choisir un fournisseur adapté à leurs besoins. Mais quel est le véritable impact de cette libéralisation, et quelles opportunités offre-t-elle aujourd’hui aux professionnels ?
Ouverture à la concurrence du marché de l’électricité et du gaz : un peu d’histoire
L’organisation du marché de l’énergie trouve son origine dans l’après-guerre. En 1946, sous l’impulsion du Général de Gaulle, l’État décide de nationaliser la production, le transport et la distribution d’électricité et de gaz. L’objectif est alors de reconstruire le pays, d’unifier les infrastructures et de garantir un service public de l’énergie, accessible à tous et géré dans l’intérêt collectif.
C’est à cette époque qu’ont été créés :
- EDF (Électricité de France), chargé de produire et de distribuer l’électricité,
- GDF (Gaz de France), aujourd’hui baptisé Engie, chargé du gaz naturel.
Pendant plusieurs décennies, ces deux opérateurs publics disposent du monopole sur l’ensemble de la chaîne énergétique, depuis la production jusqu’à la fourniture aux consommateurs. Cette organisation a permis de développer des infrastructures solides et fiables, avec des tarifs régulés par l’État.
Pour les entreprises, cela signifiait une offre uniforme, sans possibilité de choisir un fournisseur d’énergie pro ou de négocier ses conditions. La facture d’énergie représentait alors un poste de dépense fixe et peu optimisable pour les entreprises
L’ouverture à la concurrence a-t-elle changé les marchés du gaz et de l électricité
L’ouverture à la concurrence du secteur du gaz et de l’électricité s’inscrit dans le cadre des directives européennes sur le marché de l’énergie. L’objectif : créer un marché commun, plus compétitif, au bénéfice des consommateurs.
En France, cette transition s’est faite par étapes :
- 1999 : ouverture partielle du marché à certains grands industriels,
- 2004 : ouverture du marché du gaz et de l’électricité à toutes les entreprises,
- 2007 : ouverture totale pour les particuliers.
Depuis 2007, chaque consommateur, professionnel ou particulier, est libre de choisir son fournisseur tout en continuant à bénéficier du même réseau de transport et de distribution, géré par des acteurs indépendants comme RTE et Enedis (électricité) ou Natran, Téréga et GRDF (gaz).
Cette séparation des activités a été essentielle pour garantir une concurrence équilibrée : quel que soit le fournisseur choisi, la qualité et la continuité d’alimentation restent identiques.
Zoom sur le rôle des ELD dans le marché de l’énergie
En parallèle d’EDF et de GDF, certaines collectivités avaient déjà développé leurs propres structures locales avant la nationalisation. Ces acteurs, appelés Entreprises Locales de Distribution (ELD), n’ont pas été intégrés à EDF ou GDF et ont conservé leur autonomie.
Aujourd’hui, les ELD desservent environ 5 % du territoire français, principalement dans des zones rurales ou isolées. Elles assurent la production, la distribution et parfois la fourniture d’électricité et/ou de gaz. Quelques exemples connus d’ELD : Électricité de Strasbourg, Gaz et Électricité de Grenoble (GEG), Gédia, etc.
Sur leur périmètre, elles disposent d’un quasi-monopole. Pour les consommateurs situés dans ces zones, le choix de fournisseurs alternatifs est souvent réduit. Cependant des concurrents d’EDF commencent à s’y intéresser. Par exemple, Ekwateur Pro propose désormais des offres à Grenoble, Strasbourg et Metz et Energies d’Ici est présent dans la Dombes.
Tarifs réglementés, loi NOME et ARENH : des mécanismes clés de la libéralisation du marché de l’énergie
Pour accompagner l’ouverture à la concurrence, plusieurs dispositifs ont été mis en place ou supprimés progressivement afin de garantir une transition fluide pour les consommateurs et les fournisseurs.
Les anciens tarifs réglementés de l’électricité
Avant la libéralisation, les entreprises et les particuliers bénéficiaient de tarifs réglementés de vente (TRV) fixés par l’État et proposés uniquement par EDF (et les ELD, entreprises locales de distribution). Ces tarifs étaient répartis en trois catégories :
- Tarif Bleu : pour les particuliers et les petits professionnels (puissance inférieure à 36 kVA),
- Tarif Jaune : pour les entreprises de taille moyenne (36 à 250 kVA),
- Tarif Vert : pour les grands comptes (plus de 250 kVA).
Avec la libéralisation, les tarifs Jaune et Vert ont disparu en janvier 2016. Cela a obligé les entreprises concernées à basculer vers une offre de marché, souvent négociée auprès d’un fournisseur alternatif ou via un courtier. Ils ont été réintroduits à la marge en février 2025.
Le Tarif Bleu existe toujours pour les particuliers et les petits professionnels avec un compteur d’une puissance inférieure ou égale à 36 kVA.
La loi NOME et la création de l’ARENH
Pour permettre une concurrence plus équitable sur le marché de l’électricité, l’État a adopté la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité) en 2010.
Cette loi visait à :
- encourager l’émergence de fournisseurs alternatifs,
- préserver la compétitivité des prix pour les consommateurs,
- permettre un accès équitable au parc nucléaire d’EDF.
C’est dans ce cadre qu’a été créé l’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) en 2011. Ce mécanisme autorise les fournisseurs alternatifs à acheter jusqu’à 100 TWh par an d’électricité nucléaire produite par EDF, à un prix régulé de 42 €/MWh.
L’objectif était de donner aux fournisseurs alternatifs les moyens de proposer des offres compétitives, tout en favorisant la diversification du marché et le développement d’une vraie concurrence.
La fin des TRV du gaz
Le marché du gaz a suivi une trajectoire similaire, avec la disparition progressive des tarifs réglementés :
- Décembre 2020 : fin des TRV du gaz pour les professionnels et collectivités,
- Juillet 2023 : fin des TRV du gaz pour les particuliers et petites copropriétés.
Cette évolution a marqué la fin du monopole commercial de l’opérateur historique, devenu Engie en 2015, sur la fourniture de gaz. Aujourd’hui, toutes les entreprises doivent souscrire une offre de marché, qu’elle soit à prix fixe, indexée sur le prix repère du gaz ou à clics.
Pour les professionnels, cela renforce la nécessité de comparer régulièrement les offres et d’anticiper les variations des marchés pour optimiser leurs dépenses énergétiques.
Ouverture à la concurrence du marché du gaz et de l’électricité : plus de choix pour les entreprises
L’ouverture à la concurrence a entraîné l’arrivée de nombreux fournisseurs alternatifs, tels que TotalEnergies, Vattenfall, Alpiq, Iberdrola, et bien d’autres. Chacun propose des offres spécifiques, avec des stratégies variées :
- Offres à prix fixes, pour stabiliser sa facture sur plusieurs années,
- Offres indexées, suivant l’évolution des marchés de gros ou des tarifs réglementés
- Solutions sur-mesure, adaptées aux sites multi-comptes ou aux grandes consommations.
Pour les entreprises, cela représente une opportunité. Elles peuvent désormais comparer les offres, négocier des conditions avantageuses et mettre en place une véritable politique d’achat d’énergie intégrée à leur gestion globale des coûts. Elles peuvent aussi choisir des offres d’électricité verte ou de gaz, intégrant une part ou la totalité d’énergie d’origine renouvelable.
Ainsi, une PME comme une industrie peuvent aujourd’hui choisir une offre verte pour réduire leur empreinte carbone tout en sécurisant un prix compétitif sur trois ans, ce qui était impensable avant 2004.
Une plus grande transparence et un rôle clé pour les courtiers
L’un des effets positifs de l’ouverture à la concurrence est l’amélioration de la transparence des prix et des conditions contractuelles.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) publie régulièrement des données sur l’évolution des marchés et veille au bon fonctionnement de la concurrence. Cependant, la diversité des fournisseurs et la complexité des offres peuvent représenter un défi pour certaines entreprises.
C’est là qu’interviennent les courtiers en énergie, comme Opéra Energie, qui accompagnent les professionnels dans :
- la comparaison des offres,
- la négociation avec les fournisseurs,
- l’optimisation fiscale de la facture de gaz et d’électricité
- le suivi des évolutions du marché pour saisir les opportunités.
Grâce à leur expertise, les courtiers permettent aux entreprises de gagner du temps, de sécuriser leurs contrats et de mieux maîtriser leurs dépenses d’énergie.
Libéralisation du secteur de l’énergie : un marché encore en évolution
L’ouverture à la concurrence a clairement apporté plus de choix et de flexibilité. Pour de nombreuses entreprises, elle a permis :
- une réduction significative des coûts énergétiques,
- une meilleure maîtrise budgétaire grâce à des offres adaptées,
- un accès facilité aux énergies vertes,
- une plus grande réactivité face aux fluctuations du marché.
Cependant, la libéralisation n’a pas supprimé toutes les contraintes. La forte volatilité des prix, particulièrement en 2022 lors de la crise énergétique, a montré que la concurrence ne protège pas totalement des variations imprévisibles des marchés. Dans ce contexte, le rôle du courtier reste essentiel pour anticiper les risques et accompagner la stratégie énergétique des entreprises.
Ouverture du marché de l’électricité à la concurrence : quelles difficultés pour les entreprises ?
Un événement marque la prochaine étape de ce marché : la fin du dispositif ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) depuis le 31 décembre 2025.
Comme expliqué quelques lignes plus haut, depuis 2011, l’ARENH permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter une partie de l’électricité produite par le parc nucléaire d’EDF à un prix régulé. Ce mécanisme favorisait la concurrence et offrait une certaine stabilité aux offres des fournisseurs.
Sa disparition et la mise en place du VNU (Versement Nucléaire Universel) vont transformer le marché et doivent encourager les entreprises à repenser leur stratégie d’achat d’énergie. En effet, les prix de l’électricité pourraient monter à nouveau. L’accompagnement par un courtier en énergie devient donc essentiel pour se prémunir d’une hausse de la facture !
Diplômée d’un Master 2 du CELSA-Paris Sorbonne, Caroline s’est lancée comme rédactrice et chargée de communication éditoriale indépendante en 2017. Intéressée par les problématiques liées à la transition énergétique et à la mobilité, elle travaille avec Opéra Énergie depuis 2019.
Experte sur les problématiques liées à l'énergie et la rénovation énergétique, elle ambitionne à travers ses articles de faire de la pédagogie sur le marché du gaz et de l’électricité, en constante évolution.